mardi 25 février 2014

Quitter le Québec : Un Québécois francophone sur dix y a sérieusement songé l'année précédant février 2014

FÉVRIER 2014.  11% des Québécois francophones ont songé à quitter le Québec au cours de la dernière année, selon un sondage de la maison EKOS réalisé entre le 10 et le 18 février 2014 pour le compte de CBCNEWS MONTREAL. Cela réprésente un Québécois francophone sur dix (1 SUR 10), au cours de la dernière année (1). Pour moi c'est vraiment un volet important de la nouvelle, passé pratiquement sous silence par les médias franco.

(article entièrement refondu 6 avril 2014)

Chiffres francophones et méthodologie (2)


Un échantillon de 2020 résidents a été interrogé par voie de sondage téléphonique. De ce nombre, Ekos s'est assurée d'avoir un échantillon francophone significatif de 1009 personnes. Cela donne pour l'échantillon francophone du Québec, un pourcentage d'erreur estimé à plus ou mois (±) 3,1 %,  95% du temps.

La question posée (traduction): Avez-vous sérieusement envisagé quitter le Québec dans la dernière année?Have you seriously considered leaving Quebec in the past year?»)

Le OUI en vert dans la répartition des réponses

Aller au-delà des étiquettes «cela n'existe pas» ou «ce sont des colonisés»


Le chiffre étonne. Chez les francophones, il faut approfondir la question et dresser un profil de ces personnes. On peut évidemment faire du déni ou dire que cela n'existe pas pour les francophones, ou apposer à ces personnes l'étiquette de «colonisés» qui haïssent le Québec. Se peut-il que sans haïr le Québec, ils aiment la liberté de choix? Se peut-il qu'ils pensent que le «modèle québécois» ne fonctionne plus; qu'il a besoin d'être corrigé? Je n'ai pas ces réponses, MAIS, on aurait intérêt à examiner le phénomène; par exemple identifier les causes derrière l'intention de quitter. 11%, ce n'est pas rien! C'est un sur dix! Ce sont des personnes qui connaissent la culture, et même, dont la langue première est le français.

Il faut sérieusement trouver les motifs pour qu'un francophone veuille quitter le Québec. Veut-on quitter:

  • Pour des raisons économiques (travail); par exemple, uniquement pour améliorer sa condition financière?
  • En raison du climat politique ou social (ex. la quasi-anarchie de Montréal révélée au printemps 2012, avec la tentative de renversement par la rue, d'un gouvernement élu au suffrage universel)?
  • Parce que l'on ne se reconnaît plus dans ce Québec (ex. ingérence croissante de l'État dans la vie privée des travailleurs de la classe moyenne, des familles, etc.)?
  • Parce que l'intérêt pour la carrière et le style de vie est plus important que l'attachement à l'identité québécoise?
  • Parce qu'on n'en peut plus de la rigueur et longueur des hivers québécois? (pour la ville de Québec, on a 5 mois potentiels de neige par année, de novembre à avril)?
  • S'agit-il de personnes qui s'inquiètent pour leur liberté de choix?
  • De résidents francophones qui voudraient que leurs enfants apprennent l'anglais par immersion, et même une troisième langue?
  • Qui ont plusieurs irritants dans leur sac de vécu et qui veulent changer d'air?
  • Le mépris récurrent des médias québécois francophones envers les résidents partageant des valeurs plus conservatrices ou encore plus fédéralistes? (les gens parlent peu pour éviter le mépris mais se préparent à agir?)
  • La montée de partis politiques de la gauche plus radicale?
  • Autres, à déterminer; exemple, dans quelle proportion ces francophones qui rêvent de quitter, sont-ils nés hors-Québec? Est-temporairement, pour apprendre l'anglais en étudiant ou travaillant ou faire «un coup d'argent», en vue de revenir quelques années plus tard. Encore là rien, n'est sûr.

Une enquête sociale se justifie non seulement du côté anglophone et allophone, mais aussi chez les résidents francophones

L'enjeu mérite une enquête sociale non seulement chez les anglophones et allophones, mais aussi chez les résidents francophones dont, étonnamment, 1 sur 10 a manifesté son intérêt de quitter le Québec.

Je crois, contrairement aux propos sur les réseaux sociaux et dans les grands médias, que l'on devrait prendre au sérieux les intentions et tenter de comprendre et approfondir la question. Au milieu du 20e siècle, un Québécois francophone quittait plus rarement sa région ou sa ville pour travailler et s'établir. Aujourd'hui, les populations sont beaucoup plus mobiles, instruites et ouvertes à expérimenter autre chose que le «modèle québécois». C'est se fermer les yeux que ne pas le reconnaître. Avec l'information qui circule, l'on sait qu'il y a une vie possible en dehors du «vivarium» québécois. Et avec le phénomène des migrations, il est possible qu'une proportion significative de ces résidents québécois, soient nés hors-Québec. Mais ça, il faut le mesurer. Il faut approfondir le sujet.

Où les 11% de francophones envisageraient-ils aller?

Chez les  francophones (voir le tableau à la page cible) du Québec qui ont répondu oui, lorsqu'un lieu pour s'établir est mentionné en réponse au sondage, c'est l'Ontario qui exerce la plus grande attraction (26%), suivi des États-Unis (17%) et de l'international (17%) qui sont à égalité. Vient ensuite l'Alberta (7%), la Colombie Britannique (6%) ou une province de l'Ouest du Canada à déterminer (7%). Les provinces de l'est exercent très peu d'attraction pour les francophones du Québec. Ceci pourrait laisser supposer des raisons assez teintées d'économie et de travail (les revenus) ou l'attrait des grands centres. Par exemple, on ne voudrait pas quitter Québec ou Montréal pour Moncton. Mais c'est à investiguer si le Québec veut éviter de perdre des travailleurs formés ou des étudiants qui risquent de constituer une main d'oeuvre qualifiée qui connaît déjà la culture et pourrait décider de ne pas revenir ou pas avant plusieurs années.
_______________

2.  POLL | The best alternative to living in Quebec. EKOS poll asked Quebecers where they would move if they had considered leaving QuebecCBC, 26 fév. 2014.
http://www.cbc.ca/montreal/features/stay-or-go/best-alternative-to-living-in-quebec/
1,009 francophones (with a margin of error of plus or minus 3.1 percentage points 95 per cent of the time) 
Publier un commentaire