Critique Cinéma. La Bataille De Gaulle : Résistance

Mon épouse et moi avons vu à ce jour le volet 1 du film La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer, au début du mois de septembre 2026, dans une petite salle comble d'un cinéma de Québec, au Canada. Personnellement, je préfère de beaucoup les moutures du titre qui nous rattachent à l'Histoire : De Gaulle : Résistance (Québec : La bataille De Gaulle : Résistance). Dans le volet 1 du film, nous assistons à 

  • la naissance d'une légende, en la personne du général De Gaulle, un colonel récemment promu général à 2 étoiles, comme par un destin

  • et aux premières étincelles de la Résistance. Celle-ci présente une connotation patriotique connue de plusieurs Québécois qui se sont minimalement intéressés au sujet de la Deuxième Guerre.

Le diptyque (film en 2 volets) La Bataille de Gaulle aborde inévitablement au passage un sujet délicat sinon tabou; celui de déterminer si l'armistice négocié par le Maréchal Philippe Pétain, héros de la Première Guerre mondiale et politicien contesté de la seconde, constitue de la collaboration avec l'axe, ou un passage historique inévitable. Selon la lecture des événements par Charles de Gaulle, un haut gradé encore pratiquement inconnu, la capitulation rapide créant le régime de Vichy (1) constitue un engrenage vers la fusion de la France avec un projet dément qui annihilera la démocratie et la liberté. Cette conviction trouve résonnance chez plusieurs jeunes Français.


De Gaulle, tantôt admiré, tantôt méprisé par le Premier Ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill. Copyright : © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma 



Le patriotisme est-il une notion périmée ?

Ce qui m'étonne, de notre côté de l'Océan Atlantique, est une certaine discrétion sur cette production cinématographique  d'envergure, comme si l'idée même du patriotisme dans l'histoire d'une nation dérangeait, en 2026. 


Résumé : La Bataille de Gaulle – partie 1 : L’Âge de fer (aussi distribué sous le titre De Gaulle : Résistance

Juin 1940. La France s’effondre. Un général encore peu connu refuse l’armistice signée le 22 juin, gagne Londres et tente de convaincre le monde que la France n’a pas déposé les armes. Premier volet d’un diptyque historique réalisé par Antonin Baudry, le film suit Charles de Gaulle (Simon Abkarian) de la débâcle à la bataille de Bir Hakeim, tout en croisant le destin d’un jeune résistant, Fernand Bonnier de La Chapelle (Florian Lesieur), et le face-à-face tendu avec Winston Churchill (Simon Russell Beale). Présenté hors compétition au Festival de Cannes le 20 mai 2026, le film est sorti en France le 3 juin 2026. La seconde partie, La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom (De Gaulle : Liberté), est sortie le 26 juin.

Quelques personnages de fiction 

Quelques personnages de fiction servent à mettre en place une typologie des premiers jours de l'organisation de la Résistance contre le régime de Vichy.

1. Livia, et son frère Pierre

Livia (Anamaria Vartolomei) n’a pas existé (2). C’est un personnage composite, créé pour incarner plusieurs résistantes (Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Berty Albrecht, etc.). Dans le film, elle est une jeune juive amie / proche de Fernand Bonnier de La Chapelle (personnage réel et jeune antivichyste de la première heure). Pierre, le frère de Lyvia, est également inventé. 

2. Fernand Bonnier de La Chapelle; un personnage réel mais surfait ? 

Fernand a bien existé et a bien assassiné Darlan en décembre 1942. En revanche, le film en fait, dès le début, le double intérieur de de Gaulle : lycéen qui entend l’appel, organise avec Livia et Pierre la manifestation du 11 novembre 1940 à Paris aux cris de « Vive de Gaulle ! », puis suit un parcours d’idéaliste solitaire à Alger. Historiquement, Bonnier n’apparaît dans la biographie de Jackson que comme l’assassin de Darlan ; le complot algérois et son milieu (souvent décrit comme royaliste) sont gommés ou réécrits.

3. Le plombier polonais à Londres

Au moment où de Gaulle s’installe à Londres en juin 1940, le film lui fait engager un plombier polonais pour répondre au téléphone. Jackson confirme que ce personnage est inventé : touche comique, et façon de montrer que le mouvement France Libre commence dans le bricolage.

4. Des scènes et des paroles attribuées à de Gaulle qui n’ont pas eu lieu ainsi

Deux exemples nets pour le premier volet :  

  • l’appel du 18 juin est réécrit en mélangeant des phrases du 22 juin 1940 et même du 6 juin 1944 (« le soleil de notre grandeur ») ;  
  • la scène où Muselier a déjà pris le bureau de de Gaulle, photo avec Churchill à l’appui, est de la pure invention scénaristique (selon l’historien Éric Branca). Même chose pour certains éclats mis en scène avec Churchill (chaise brisée, etc.), contestés par la Fondation Charles de Gaulle.

En bref : les faits d’armes et les grands acteurs sont historiques ; ce que le film ajoute surtout, c’est 

  • une héroïne fictive et son frère, 
  • un destin de Fernand qui serait faussement tissé dès 1940, 
  • un rôle comique à Londres à travers le personnage du plombier polonais ne parlant pas un mot de français et improvisé téléphoniste (ajoutant une touche d'humour et un témoin de l'ascension de De Gaulle, 
  • et des dialogues/scènes recomposés pour le rythme.


La Bataille De Gaulle n'est pas un film documentaire 

Cela ouvre davantage la porte à commenter librement et donner des impressions ou réflexions. Je me livre à l'exercice dans les quelques lignes qui suivent.

Mon impression à la sortie du film : Ce sont ceux qui réussissent à surmonter leurs peurs qui sauvent les fesses des lâches


Ne jamais abandonner la justice et l'amour de la vérité

La victoire de l'organisation France Libre représentée par la croix de Lorraine en réponse à la croix gammée, est improbable. La réalisation semble nous dire de ne jamais abandonner ce qui est juste et vrai. On ressent à quelques reprises que De Gaulle est près d'abandonner, comme dans cette scène où il hésite à se lancer dans le vide, à partir du pont d'un navire.

Ce qui est juste n'est pas seulement ce qui nous plait. Si la «justice» nous plait ou avantage toujours, c'est que ce n'est pas de la vraie justice, mais une idéologie. Lorsque je mentionnais que les jeunes adultes devraient voir ce film, une proche a commenté mon point de vue en disant que les mêmes vertus de justice et vérité peuvent, en 2026, être récupérées autant par un clan idéologique que l'autre. Je crois tout de même que les moins de 40 ans devraient aussi voir cette production bien ancrée sur un fond historique. Je venais de dire que ce film est plus utile qu'une fiction dystopique comme The Hunger Games

La dichotomie Histoire et fiction

Évidemment, pour raconter une histoire qui ne ne se limite pas au style d'un documentaire ou d'une chronique d'événements (une Histoire plate), les réalisateurs doivent imaginer des dialogues, des mises en contexte, des personnages, supposer des scènes (comme le découragement et la solitude du héro humilié). Mais il ne faut pas pour autant améliorer les héros de l'Histoire. Est-ce que le film y parvient ? Je ne sais pas. Toujours est-il que l'œuvre donne le goût de lire la biographie de De Gaulle

Faut-il voir plus qu'un film dans La Bataille de Gaulle ?

Les résistants sont à proprement parler, des patriotes de la Deuxième Guerre mondiale. Faut-il y voir un appel à la France pour se réveiller du mondialisme des technocrates, des oligarques et de l' «eurotisation» politique. L'on pourrait tout autant se demander si le Brexit a véritablement libéré la Grande-Bretagne (3). 

La patrie

S'il n'y a pas une France humiliée par le régime de Vichy sous alliance avec le National Socialism (nazisme), il n'y a pas non plus de France Libre, ni de montée de De Gaulle. En 1940, ce dernier est un nouveau général peu connu, ayant démontré de la bravoure, mais qui n'a que 2 étoiles et les deux clans que sont la Grande Bretagne et le régime de Vichy lui font bien sentir. Le «Général» isolé ne convainc pas par une conscription et par un autoritarisme comme le régime de Vichy, mais il stimule l'amour de la patrie. Vichy utilise aussi la notion de patrie. Rien de nouveau sous le soleil.

L'un de ses engagements pour ceux qui veulent lutter à ses côtés, est de ne pas faire combattre des Français contre des Français. Il ne veut pas d'une guerre civile en France. 

Des leaders inspirants

Les peuples ont besoin de leaders inspirants. Une scène du film montre Jean Moulin (4) déroulant une carte géographique annotée à la main où l'on voit divers points de la France où se trouvent des groupes de résistants. Les lieux recensés sont encerclés à la plume sur la carte. Mais les groupes sont isolés l'un de l'autre, sans communications et non structurés (5). 

Winston Churchill 

Le Premier Ministre est présenté comme un politicien patriote qui marche par la vue. Il doit faire avec des forces militaires éparpillées. S'il a du flair, il est déchiré entre les idées par la politique.

Le président Franklin D. Roosevelt et les États-Unis

Le président Roosevelt est présenté, à tort ou à raison, comme un être désagréable et méprisant; un genre de narcissique. Il n'y a pas, il me semble, de mention selon laquelle l'attaque surprise de la base de Pearl Harbour dans l'Océan Pacifique par les Japonais, serait la cause de la décision des États-Unis d'entrer en guerre, aux côtés de la Grande-Bretagne.

L'Afrique (les colonies)

À défaut de pouvoir travailler depuis la France, le mouvement naissant de France Libre doit, sans véritable armée, opérer depuis la Grande-Bretagne et l'Afrique, notamment au Tchad (colonie française) et au Cameroun (colonies française et britannique).


Aussi connu sous le titre De Gaulle : Résistance (Québec : La bataille de Gaulle : Résistance)

Réalisation
Antonin Baudry
Scénario
Antonin Baudry, Bérénice Vila, d’après De Gaulle : une certaine idée de la France (A Certain Idea of France) de Julian T. Jackson
Interprétation
Simon Abkarian (de Gaulle), Simon Russell Beale (Churchill), Florian Lesieur, Benoît Magimel (Kœnig), Mathieu Kassovitz (Darlan), Anamaria Vartolomei, Niels Schneider (Leclerc)
Production
Pathé Films, en coproduction avec TF1 Films Production, Belvédère, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Ness Films, et d’autres
Distribution
France : Pathé Films. Québec : Immina Films
Durée
environ 2 h 40 (158–160 min)
Sortie
Première à Cannes (hors compétition) : 20 mai 2026. France : 3 juin 2026
Particularité
Premier volet d’un diptyque. Couvre surtout 1940–1942. 
Suite (volet 2)
La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom (De Gaulle : Liberté), sortie le 26 juin 2026
__________________
1.     Régime de Vichy : ce qui reste du gouvernement français, après la défaite de 1940 et qui collabore avec l’Allemagne nazie. Ce régime politique remplace la République par un État autoritaire dirigé par Le maréchal Pétain.

2.     Julian Jackson, historien dont le livre inspire le film, dit lui-même que cette « petite amie juive » de Fernand est une licence dramatique (IA Grok, 2026-09-06).

3.     Mon point de vue là-dessus est que depuis la chute de l'Humanité, sans un repentir significatif  et spirituel (soit d'un nombre important d'individus chez une nation, un peuple, une ethnie), il n'y a pas de véritable liberté.

4.    Jean Moulin est un résistant réel, joué par Félix Kysyl. Son nom de code est « Rex ». Ce n’est pas un personnage inventé, contrairement à Livia.  Moulin est un préfet révoqué par Vichy, il rejoint de Gaulle à Londres. Dans la partie 1 (L’Âge de fer), il est surtout esquissé : on le voit entrer dans le récit.

5.     Serait-ce la raison pour laquelle les États démocratiques en déclin rêvent tant imposer la censure des idées et cherchent activement à pirater les constitutions des démocraties ?

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