Critique Cinéma. La Bataille De Gaulle : Résistance
La Bataille De Gaulle – partie 1 : L’Âge de fer (aussi distribué sous le titre international De Gaulle : Résistance )
Dans le volet 1 du film, nous assistons
- à la naissance d'une légende, en la personne du général De Gaulle, un colonel récemment promu général à 2 étoiles, comme par un destin et
- aux premières étincelles de la Résistance. Celle-ci présente une connotation patriotique connue de plusieurs Québécois qui se sont minimalement intéressés au sujet de la Deuxième Guerre.
Un sujet délicat
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| Copyright : © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma |
Le patriotisme est-il une notion périmée ?
Ce qui m'étonne, de notre côté de l'Océan Atlantique, c'est une certaine discrétion sur cette production cinématographique d'envergure, comme si l'idée même du patriotisme dans l'histoire d'une nation créait un malaise.
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| De Gaulle, tantôt admiré, tantôt méprisé par le Premier Ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill. Copyright : © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma |
Quelques personnages de fiction
Quelques personnages de fiction servent à mettre en place une typologie des premiers jours de l'organisation de la Résistance contre le régime de Vichy.
1. Livia et son frère Pierre
Livia (Anamaria Vartolomei) n’a pas existé (2). C’est un personnage composite, créé pour incarner plusieurs résistantes (Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Berty Albrecht, etc.). Pierre, son frère, est également inventé.
2. Fernand Bonnier de La Chapelle; un personnage réel mais surfait ?
Fernand a bien existé et a bien assassiné Darlan en décembre 1942. En revanche, le complot algérois et son milieu (souvent décrit comme royaliste) sont modifiés ou réécrits.
3. Le plombier polonais à Londres
Au moment où de Gaulle s’installe à Londres en juin 1940, le film lui fait engager un plombier polonais qui ne connaît pas un mot de français pour répondre au téléphone. Jackson confirme que ce personnage est inventé pour ajouter une touche comique, et montrer que le mouvement France Libre commence dans le bricolage.
La Bataille De Gaulle (2 parties) n'est pas un film documentaire
Cela ouvre davantage la porte pour commenter librement et donner des impressions ou réflexions. Je me livre à l'exercice dans les quelques lignes qui suivent.
Mon impression à la sortie du film : Ce sont ceux qui réussissent à surmonter leurs peurs qui sauvent les fesses des lâches.
Ne jamais abandonner la justice et l'amour de la vérité
La victoire de l'organisation France Libre (représentée par la croix de Lorraine en réponse à la croix gammée) est improbable. La réalisation semble nous dire de ne jamais abandonner ce qui est juste et vrai. On ressent à quelques reprises que De Gaulle est près d'abandonner.
Ce qui est juste n'est pas seulement ce qui nous plait. Si la «justice» nous plait ou avantage toujours, c'est que ce n'est pas de la vraie justice, mais une idéologie. Lorsque je mentionnais que les jeunes adultes devraient voir ce film, une proche a commenté mon point de vue en disant que les mêmes vertus de justice et vérité peuvent, en 2026, être récupérées autant par un clan idéologique que l'autre. Je crois tout de même que les moins de 40 ans devraient aussi voir cette production bien ancrée sur un fond historique. Je venais de lancer que ce film est plus utile qu'une fiction dystopique comme The Hunger Games.
La dichotomie Histoire et fiction
Évidemment, pour raconter une histoire qui ne ne se limiterait pas au style d'un documentaire ou d'une chronique d'événements (une Histoire plate), les réalisateurs doivent imaginer des dialogues, des mises en contexte, des personnages, et supposer des scènes (comme le découragement et la solitude du héro humilié). Mais il ne faut pas pour autant chercher à améliorer les héros de l'Histoire. Est-ce que le film y parvient ? Je ne sais pas. Toujours est-il que l'œuvre donne le goût de lire la biographie De Gaulle : une certaine idée de la France (A Certain Idea of France) de Julian T. Jackson.
Faut-il voir plus qu'un film dans La Bataille de Gaulle ?
Les résistants sont à proprement parler, des patriotes de la Deuxième Guerre mondiale. Faut-il y voir un appel à un éveil de la France ?
La patrie
S'il n'y a pas une France humiliée par le régime de Vichy sous alliance avec le National Socialism (nazisme), il n'y a pas non plus de France Libre, ni de montée de De Gaulle. En 1940, ce dernier est un nouveau général peu connu, ayant démontré de la bravoure, mais qui n'a que 2 étoiles et les deux clans que sont la Grande Bretagne et le régime de Vichy lui font bien sentir. Le «Général» isolé ne convainc pas par une conscription et par un autoritarisme comme le régime de Vichy, mais il stimule l'amour de la patrie. Vichy utilise aussi la notion de patrie. Rien de nouveau sous le soleil. L'un de ses engagements pour ceux qui veulent lutter à ses côtés, est de ne pas faire combattre des Français contre des Français. Il ne veut pas d'une guerre civile en France.
Des leaders inspirants
Les peuples ont besoin de leaders inspirants. Une scène du film montre Jean Moulin (3) déroulant une carte géographique de la France, annotée à la main, où l'on voit divers points encerclés à la plume. Ce sont des lieux où émergent des mouvements de résistance. Mais ces groupes sont isolés l'un de l'autre, sans communications et peu structurés. Dans la partie 2, ce sera un défi pour Moulin.
Winston Churchill
Le Premier Ministre du Royaume Uni est présenté comme un politicien patriote qui marche par la vue. Il doit faire avec des forces militaires éparpillées. S'il a du flair, la danse politique le déchire entre les idées et les personnages structurants.
Le président Franklin D. Roosevelt et les États-Unis
Le président Roosevelt me semble présenté, à tort ou à raison, comme un être désagréable et méprisant. Du moins, c'est ce que je l'on peut ressentir dans le jeu de rôle.
L'Afrique (les colonies)
À défaut de pouvoir travailler depuis la France, le mouvement naissant France Libre doit, sans véritable armée, opérer depuis la Grande-Bretagne et l'Afrique, notamment au Tchad (colonie française) et au Cameroun (colonies française et britannique). Il deviendra aussi particulièrement significatif en Libye. Les colonies françaises sont au départ, sous le contrôle de Vichy et bien gardées ce qui cause un obstacle faisant passer De Gaulle pour un possible ou réel fou.
La bataille de Bir Hakeim, Libye (26 mai au 11 juin 1942)
La bataille de Bir Hakeim (en Libye, 26 mai–11 juin 1942) est l’un des combats les plus poignants du premier volet du film. Environ 3 700 hommes de la première Brigade Française Libre (BFL), dont une femme de la Légion étrangère (4), chauffeure (conductrice) du général Pierre-Marie Kœnig, tiennent un point d’appui désertique à l’extrême sud de la ligne de Gazala. Cette force est hétéroclite. La BFL s'oppose aux forces allemandes et italiennes 10 fois supérieures en nombre (35,000 soldats; Allemands et Italiens).
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| Copyright : © Guy Ferrandis |
Enjeu : contrôle du canal de Suez et son accès stratégique au pétrole. La France Libre et la 8ᵉ armée britannique sont dans le viseur. Les Britanniques défendent Gazala pour bloquer le passage vers Tobrouk, ville portuaire près de la frontière de l'Égypte, et de là vers le canal de Suez à travers l'Égypte. Mais devant la tentative allemande d'encercler la 8e armée en passant par le sud, défendu par la BFL, les Britanniques doivent évacuer leurs forces pour éviter cet encerclement, si Bir Hakeim tombe trop rapidement sous le contrôle de l'Axe (5). Le siège de résistance subi à Bir Hakeim donne à la Brigade Française Libre sa première grande preuve militaire aux yeux de Londres.
La Bataille de Gaulle – partie 1 : L’Âge de fer
Aussi connu sous le titre De Gaulle : Résistance (Québec : La bataille de Gaulle : Résistance)
- Réalisation
- Antonin Baudry
- Scénario
- Antonin Baudry, Bérénice Vila, d’après De Gaulle : une certaine idée de la France (A Certain Idea of France) de Julian T. Jackson
- Interprétation
- Simon Abkarian (de Gaulle), Simon Russell Beale (Churchill), Florian Lesieur, Benoît Magimel (Kœnig), Mathieu Kassovitz (Darlan), Anamaria Vartolomei, Niels Schneider (Leclerc)
- Production
- Pathé Films, en coproduction avec TF1 Films Production, Belvédère, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, Ness Films, et d’autres
- Distribution
- France : Pathé Films. Québec : Immina Films
- Durée
- environ 2 h 40 (158–160 min)
- Sortie
- Première à Cannes (hors compétition) : 20 mai 2026. France : 3 juin 2026
- Particularité
- Premier volet d’un diptyque. Couvre surtout 1940–1942. Suite : La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom (De Gaulle : Liberté), sortie le 26 juin 2026
- Budget du diptyque
- environ 74–75 millions d’euros (estimations publiques)
Photos de critique : stills officiels Pathé uniquement. Crédit type : © Pathé Films – TF1 Films Production – Belvédère – Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma (photographes selon l’image : Malgosia Abramowska ou Guy Ferrandis).
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