samedi 1 novembre 2014

PKP, médias de masse et éthique politique: combler le vide (actuel)

Un député québécois magnat des médias et propriétaire, non pas de «un» journal local ou régional, mais bien de divers médias


Nous vivons un cas d'éthique et politique d'exception au Québec, depuis que le commissaire à l'éthique a statué que le député péquiste  (Parti Québécois), Pierre Karl PÉLADEAU (PKP), ou un ministre ou un aspirant premier-ministre du Québec pourrait être actionnaire majoritaire de médias d'information de masse sans autre mesure, ni inquiétude. Il suffit de ne pas tenter d'influencer en faveur de son entreprise et autres «simples» mesures du genre. Résultat : gros malaise en perspective face au propriétaire, non pas de «un» journal local ou régional, mais bien de divers médias. Québecor, ce n'est pas rien! Le commissaire à l'éthique donne pourtant sa bénédiction. On ajoute (avis de juristes) que le droit actuel au Canada n'interdirait pas la situation de contrôle de médias de masse par un élu. D'un autre côté, il semble tomber sous le sens qu'un élu magnat de la presse cause problème. Une grande part de la population sait que que quelque chose ne va pas. Le malaise est palpable pour plusieurs politiciens et journalistes. Cela pourrait inspirer plus d'un scénario de politique-fiction.

Le député de Saint-Jérôme, Pierre
Karl PÉLADEAU. Crédits :
Assemblée nationale du Québec.
Extrait d'une vidéo de présentation.
Ceci m'a fait commenté sur les réseaux sociaux, que la justice précède les lois et les codes d'éthique. J'ai dû préciser que le terme «précéder» désigne l'ordre chronologique des choses et non pas la prédominance (primauté de). S'il n'existe pas de contre-indication selon l'éthique gouvernementale actuelle, c'est probablement parce qu'une situation comparable à celle de PKP ne s'est jamais produite ici.

Québecor ce n'est pas rien! (voir la section bleu en bas de la page de destination - Site de Québecor)


L'exemple des lois précédées par le besoin (une problématique)


Comme vous le savez déjà, la notion même de la justice (le bien, le mal, l'équité, le bon, le vrai) vient avant la loi dans le temps. D'abord, un gouvernement ou une société se rendent compte que quelque chose ne va pas; par exemple, il faut protéger l'environnement contre l'exploitation... sauvage. Nous avons ici la notion de prise de conscience d'une injustice ou d'une situation qui demande intervention. Et, naît éventuellement l'idée de modifier ou créer une loi, par exemple pour protéger une espèce vulnérable et réglementer l'activité humaine. Cette idée doit cheminer et traverser diverses étapes avant d'être votée par les élus et adoptée. Puis un beau jour, la loi ou un nouvel article de celle-ci est enchâssé dans le cadre (nouvelle loi, décret d'une aire protégée, règlement sur la chasse et la pêche) et a force d'application. Mais le constat a précédé la nouvel loi ou le nouvel article, dans le temps (chronologie).

C'est en ce sens, que dans le temps, dans la chronologie des choses, la justice (ce qui est perçu comme bon et juste) précède l'écrit. Mais durant un temps, il subsiste une sorte de vide; une situation, laquelle tout en suscitant une réaction, n'est pas clairement couverte par une forme légale, en raison de sa spécificité.

Mais on ne pourrait affirmer que l'injustice ne cause pas problème parce qu'il n'y a pas de loi. Sinon il n'y aurait pas d'injustice dans une dictature, puisque les lois protègent le tyran.

L'exemple de l'éthique appliquée au travail, en politique, pour une corporation professionnelle, etc.

Prenons l'exemple de pharmaciens ou médecins qui seraient rémunérés par des fabricants de médicaments, pour promouvoir des produits auprès de clients du réseau de la santé, comme cela est arrivé et a été démontré au Québec. Le client du réseau public de la santé (ou couvert par le réseau public) s'attend évidemment à une objectivité de son pharmacien-conseiller ou de son médecin. Il s'attend qu'en raison de son professionnalisme, le professionnel consulté va lui recommander ce qui semble le plus approprié à son besoin, et non pas ce pourquoi le professionnel tire le plus d'avantages personnels (cadeaux, voyages ou autres avantages). 

Mais l'ordre professionnel de ceux qui ont de telles pratiques ne pourrait affirmer que parce que cela n'est pas couvert par le code d'éthique ou code de déontologie de son ordre professionnel, il n'y a aucun problème. Parfois, l'évidence de la chose amène le fait que le code d'éthique doit être créé ou précisé (expliqué), voire modifié au besoin pour enlever toute ambiguïté.

(...)

La même logique atteint la situation de PKP et la position du commissaire à l'éthique

Il en est exactement ainsi du cas de PKP, du commissaire et de l'éthique. Le fait que le contrôle de médias de masse par un élu ne fasse pas l'objet de contre-indications clairement stipulées s'il ne tente pas d'influencer, n'exclut aucunement la responsabilité de pousser la réflexion pour tous les élus et non pas uniquement pour PKP et Québecor. Le vide actuel semble provenir du fait que nous ne protégeons pas l'État de genre de situation, mais régissons plutôt
  • des cas de relations contractuelles entre des entreprises et l'État québécois ou notre gouvernement 
  • ou des relations entre les élus et des entreprises 
  • des cas d'influence et de corruption potentielle
  • des délits d'initiés
  • etc. 
Mais il n'existerait pas au Québec, selon le commissaire à l'éthique gouvernementale, de cadre pour le contrôle potentiel de l'information via un conglomérat médiatique, avec des moyens de transmission par un élu (ex. magazines, journaux de masse, réseaux de télévision comme LCN et TVA, et la distribution via internet et le câble de Vidéotron, etc.). Pourtant ici, nous avons un cas particulier. Un élu par le peuple exerce le contrôle majoritaire sur Québecor (grappe de médias et de contenu web et TV) et inspire ainsi une forte influence et un potentiel de contrôle de l'information par un élu du Québec, du simple fait de sa notoriété (influence) et de la menace qui peut être ressentie par les journalistes et recherchistes, d'aller contre le magnat de la presse.
  • Les professionnels et employés du milieu déjà employés par Québecor peuvent en tout temps ressentir une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Qu'arrivera-t-il, par exemple, si un éventuel PKP premier ministre était battu après un premier mandat à la fonction politique la plus élevée? 
  • Ou si il échoue la course à la chefferie en partie en raison de chroniqueurs qui lui donnent une mauvaise presse, alors qu'il ne gère pas directement les médias pour un temps limité?
  • Sans oublier les discussions de couloir (sans écrit) entre le grand patron et ses mandataires.
  • Même les professionnels non employés de Québecor peuvent être influencés en pensant à leur avenir en carrière. Tout le monde sait que dans une vie, on peut avoir à changer d'employeur à quelques reprises, aussi dans le domaine des médias. Qui sait si un journaliste ou un producteur n'aura pas besoin demain d'un emploi auprès de celui qu'il aura critiqué, retourné depuis à la gestion au jour le jour de ses entreprises.
Le problème demeure réel, d'autant que, selon le commissaire à l'éthique il n'y a aucun problème entre la fonction d'élu et le contrôle majoritaire de médias de masse, alors que PKP pourrait même devenir premier-ministre; soit la plus haute autorité politique de la province de Québec.

Une grande part de la population sait que que quelque chose ne va pas. Le malaise est palpable pour plusieurs politiciens et journalistes. Cela est digne des scénarios de politique-fictionMais il ne faut pas se laisser distraire par un code d'éthique imparfait ou par le vide... S'il y a un vide, il faut le combler. Mais pour cela il faut
  • premièrement pouvoir en débattre
  • dépersonnaliser le débat, car ce n'est pas du cas PÉLADEAU ou d'un député péquiste, dont il s'agit, mais bien de tout cas semblable, réel ou hypothétique. Par exemple, le clan Desmarais, d'allégence Libérale, exerce aussi une réelle influence médiatique, mais toutefois, son principal actionnaire n'est pas engagé dans une course à la chefferie du PLQ. C'est par contre le cas de PKP en vue de réaliser l'indépendance du Québec au sein du PQ. 

Un débat éthique et politique incontournable

Il y a en jeu, toute la question de l'indépendance de la presse, de l'information et des médias, voire même de contenu semi-récréatif semi-idéologique (ex. un téléroman  ou une émission  avec des invités avec prises de positions socio-politiques), par rapport à un politicien élu. Au même titre qu'un client du système de santé s'attend à ce que son pharmacien et son médecin traitant soient indépendants de toute influence des entreprises pharmaceutiques dans son traitement, un citoyen doit pouvoir s'attendre à ce que le les médias et réseaux d'information et de contenu et distribution, ne soient pas sous contrôle des élus. Nul besoin d'avoir quelque chose contre le député de Saint-Jérôme, qui peut théoriquement amener le PQ dans une bonne direction, de par son CV personnel.



  • Ajouté le 4 mai 2015:  Un développement dans le sens de ce qui est exprimé précédemment:

D'autres candidats ont subi des propos intimidants de Péladeau, affirme Céré

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201505/04/01-4866821-dautres-candidats-ont-subi-des-propos-intimidants-de-peladeau-affirme-cere.php




  • Autre texte: Un cas vécu pour illustrer l'impact d'une ligne directrice au sein d'un conglomérat comme Québécor, pour contrôler le message jusque dans les blogues de chroniqueurs professionnels

Commentaire non publié par le Journal de Montréal en lien avec l'opinion du Dr Marc Beauchamp (17 juin 2014)

Le journal appartient au Groupe QuébecOr ainsi que le blogue où j'ai soumis un commentaire. Ce texte démontre que l'information peut être censurée en fonction d'une politique éditoriale; ici l'impossibilité de pouvoir prouver un argument parce que je faisais référence à un média anglophone du Québec. Dans le débat de société sur la fin de vie, je voulais citer les déclarations d'une ex-ministre PQ porteuse du projet de loi (euthanasie, aide à mourir, suicide assisté, ...). Je suis presque sûr d'avoir mis la référence (date, titre de l'émission sur CBC Radio, texte en anglais «a first important step» et sa traduction mais PAS de lien html, car ils sont souvent refusés sur les blogues). Je ne pouvais en appeler à une déclaration dans un média anglophone de la ministre alors porteuse du dossier qui avait clairement déclaré que le projet de loi à adopter n'était qu'une première étape nécessaire à la suite («a first important step») vers une loi qui serait modifiée dans les années subséquentes à son adoption (comme cela tend à arriver ailleurs). C'est donc le même effet qu'une censure idéologique, avec pour fondement une politique éditoriale linguistique.

Imaginez un débat sur l'indépendance du Québec où il deviendrait impossible à un citoyen d'exposer un fait via un média QuébecOr, parce qu'il ne peut citer une déclaration dans une autre langue et sa traduction, ou en appeler à un fait démontré (mis au jour) par un média anglophone. Cela pourrait bien arriver au Québec dans les prochaines années, car il y a des précédents sans compter un blocage systématique pour apprendre l'anglais et étudier dans cette langue. Alors que la classe aisée peut le contourner (mobilité plus grande, séjours d'immersion, formateur privé), les classes moyenne et de moindre revenu sont captives de l'information des médias du Québec parce qu'on les prive de l'accès au bilinguisme via le cheminement éducatif; d'où un anglais insuffisant pour comprendre et analyser l'information en anglais.
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