jeudi 18 décembre 2014

90 jours de prison pour «la sauveuse des canards» de l'Autoroute 30

Emma CZORNOBAJ, «la sauveuse des canards» qui avait causé la mort de 2 personnes en voulant dévier la circulation sur l'Autoroute 30 au Québec, le 27 juin 2010, a finalement écopé de 90 jours de prison


Si la peine à purger de façon discontinue les fins de semaines est plus symbolique que réelle, elle envoie néanmoins le message, que même sans intention de causer la mort, la négligence évidente doit être sanctionnée.

De plus, la peine tient compte de l'inaptitude de la conductrice à juger de la gravité de son geste, car

Je soupçonne que si Emma était moche,
elle n'aurait pas autant de défenseurs. Crédits
photo : La PRESSE
elle se voit interdire la conduite d'une automobile pendant 10 ans. Il est à noter à ce sujet, que Madame CZORNOBAJ n'a pas exprimé de remords depuis les faits et le procès, mais a plutôt réaffirmé s'être arrêtée de façon sécuritaire sur l'autoroute et même, que cela «aurait pu arriver à n'importe qui» (notamment dans une sortie médiatique (ici.radio-canada.ca, 16 juillet 2014). Selon les témoins, elle n'avait pas seulement ralenti pour éviter les canards, mais avait complètement immobilisé son véhicule et en était descendue pour inviter les conducteurs à ralentir et à dévier de leur trajectoire pour sauver des canetons. La confusion et la distractions causées par ses mouvements pour interpeller les usagers de l'autoroute auraient été la cause de la mort par négligence d'un motocycliste et sa passagère.

Selon le compte-rendu du Journal de Montréal,
«L’absence de remords a contribué aux 90 jours de prison imposés à la jeune femme ayant causé deux morts en voulant sauver des canards» (Journal de Montréal, 18 décembre 2014).
Par contre, le fait que les 90 jours soient purgés de manière discontinue, en réduit considérablement l'impact réel, à mon avis.

La défense ira en appel pour faire annuler le verdict de culpabilité prononcé plus tôt en 2014

La défense ira cependant en appel 
  • contre le verdict de culpabilité prononcé en juin 2014
  • et quant à l'interdiction de conduire un véhicule et à la peine d'emprisonnement prononcés cette semaine.

Conduire une automobile est aussi sérieux que la manipulation d'une arme à feu : le privilège implique une maturité minimale et une aptitude à évaluer les risques


Pourtant, tout le Québec devait se sentir plus en sécurité du fait que des personnes au manque flagrant de jugement sur le danger et la responsabilité associés à la conduite d'un véhicule automobile voient leur permis être suspendu. Obtenir le droit de conduire un véhicule automobile est aussi lourd de conséquences que le droit de port d'arme. Il faut collectivement en prendre conscience.

Encore un autre de ces cas qu'on croirait générationnels où il ne faudrait plus réprimer les gestes condamnables ou négligences témoignant du danger d'une personne, et pour lesquels la référence commune s'effrite. Si l'on accepte ceci pourtant, n'importe qui pourrait logiquement s'immobiliser sur une autoroute pour n'importe quelle raison, de conscience écologique ou autre, au jugement de chacun, sans tenir compte du code de la sécurité routière. Alors la vie d'une moufette, d'un raton laveur ou d'un petit animal quelconque pourrait avoir autant d'importance aux yeux d'autres personnes et justifier une pareille tentative de sauvetage imprudent. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. La conductrice n'a pas uniquement ralenti pour repartir, mais s'est arrêtée, a descendu de son véhicule et a provoqué de la confusion et de la distraction en gesticulant et marchant pour communiquer avec les autres usagers de l'autoroute. D'autres conducteurs en manque de sommeil ayant causé mort de personnes pourraient utiliser le même genre de défense («ça peut arriver à n'importe qui»). D'autres encore, pourraient négliger d'utiliser les haltes routières pour des besoins particuliers ou relaxer (manque de planification avant de prendre la route).

La peine prononcée va dans le sens de ce que je suggérais dans un article précédent mais elle va plus loin encore. La cour semble vouloir envoyer une message clair sur la sécurité routière:

  • La non-intention criminelle ne constitue pas moins un geste grave de conséquences 
  • et la négligence causant la mort doit être sanctionnée. 
  • Il faut aussi empêcher les personnes qui ont démontré un manque de jugement de conduire un véhicule automobile durant une certaine période de temps pour amener le changement des comportements et perceptions et protéger le public.

Quelle sentence devrait recevoir la conductrice «sauveuse de canards»? (19 juillet 2014)

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