jeudi 10 avril 2014

C'est reparti : le système électoral du Québec sous attaque

Dans un système parlementaire à plusieurs partis, il est normal que le gouvernement élu le soit par moins de la moitié des voix. Avec quelle proportion du vote, le PQ a-t-il été porté au pouvoir à l'élection générale québécoise du 4 septembre 2012? Réponse : avec moins de 32 pourcent (%) des voixPourquoi alors se révolter? AVANT de signer n'importe quoi, lisez ceci.  (Dernière modification : 10 avril 2014)

La grande contradiction

D'un coté, nous serons tous d'accord pour dire que le fait que plusieurs partis puissent concourir au Québec est sain pour la démocratie. De l'autre, nous devons accepter que la contrepartie inévitable soit que le vote se fractionne entre ces partis.
C'est simple. Imaginez que 4 personnes briguent la présidence d'un regroupement de 100 propriétaires de résidences de type condo. Vous passez au vote et vous récoltez les résultats suivants:

Madame A : 37 voix
Monsieur B : 28 voix
Monsieur C : 19 voix
Madame D : 13 voix
Abstentions : 3
____________________________
TOTAL : 100

Madame A est élue avec 37% (37 sur 100) des voies. Il se trouvera toujours quelqu'un pour dire que 63% des personnes n'ont pas voté pour Madame A et qu'il est donc injuste qu'elle soit élue. Mais le système est démocratique et en plus, il dégage quand même la tendance. Madame A est plus populaire que chacun des trois autres. C'est exactement ce qui arrive avec les députés dans un modèle multipartiste avec circonscription.

Représentation territoriale (géographique)

De plus, notre système accorde aussi un poids significatif à la représentation territoriale, par circonscription (que nous appelons encore souvent comté). Sans cette pondération ou correction territoriale (découpage géographique) des votes, imaginez le poids qu'auraient les grands centres (ex. les 3 ou 4 plus grandes villes au Quebec) par rapport aux régions ressources et au millier d'autres villes ou villages. Ou encore, qui voudrait d'un député résidant à Montréal, mandaté pour s'occuper des priorités de Saguenay?

Une mémoire élective sélective

Avec quelle proportion du vote, le PQ a-t-il été porté au pouvoir à l'élection générale québécoise du 4 septembre 2012? Réponse : avec a peine 31,95 pourcent (%) des suffrages. Les électeurs ayant voté pour le PQ ne se sont pas indignés que plus de 68% des électeurs se soient prononcés contre leur parti, contrairement à la grogne actuelle.

La gauche économique doit prendre note des impacts de la proportionnelle

Le système électoral ne doit pas être changé pour accommoder un parti particulier à un moment précis de son histoire (stagnation, descente, ...). Les mêmes partisans (ou partis comme QS) qui réclament haut et fort la réforme du système électoral québécois, n'auraient pas davantage accepté que la défunte ADQ récolte plusieurs sièges entre 1998 et 2008 avec la formule proportionnelle.

Dans ce contexte, la défunte ADQ de Mario Dumont considérée par plusieurs comme trop à droite économiquement, aurait pu obtenir, sur 125 circonscriptions, le pourcentage étant appliqué sur 125 (1 siège = 1 député):
env.   8 sièges plutôt que 1 en 1994   (6,46 % des votes)
env. 15 sièges plutôt que 1 en 1998   (11,8 % des votes)
env. 23 sièges plutôt que 4 en 2003   (18,2 % des votes)
env. 38 à 39  sièges plutôt que 41 en 2007   (30,8 % des  votes)
env. 20 à 21 sièges plutôt que 7 en 2008   (16,4 % des votes)

Et pour la CAQ, le Québec aurait élu
env. 34 députés plutôt que 19 en 2012 (27,05 % des votes)

Est-ce bien ce que les gens du PQ, et des trois actuels députés de QS veulent? La gauche économique se serait roulée dans la rue.

C'est ce qui m'avait amené à écrire dans un autre autre article sur le sujet lors de l'élection générale du Québec de 2012, un jour avant le vote:
«Les électeurs de gauche dont plusieurs ont aimé détester l'ADQ et son chef (droite économique), pourraient trouver la représentation proportionnelle moins intéressante, lorsque ce ne sera pas leur option qui sera avantagée par ce mode de scrutin durant 15 ou 20 ans».
Le piège très visible

Le piège, c'est de changer la formule en fonction de ce qu'un parti veut obtenir à un instant précis de son histoire. D'où la sortie véhémente d'un député de QS le soir du vote du 7 avril 2014, trop impatient d'imposer le marxisme, nommé de façon trompeuse «solidarité», au Québec.

La fausse garantie de satisfaction des suffrages à plusieurs tours

Qui d'entre nous veut que son deuxième ou troisième choix soit élu pour former une majorité? Bien qu'un processus électorale à plus d'un tour puisse dégager une majorité plus nette, d'autre part, les systèmes à plusieurs tours ne garantissent pas une meilleure satisfaction face aux résultats et aux candidats. Parlez-en à HOLLANDE et à SARKOZY. Bien qu'un candidat d'un modèle multipartite puisse ainsi être porté au pouvoir avec une plus nette majorité, ladite majorité est en bonne partie artificielle, car il peut être le deuxième ou troisième choix de plusieurs pseudo-partisans.

En France, la cote de popularité de François HOLLANDE est descendue autour de 20 à 25%, quelque part entre novembre 2013 et février 2014, selon plusieurs instituts de sondages, et ce, moins de deux ans après son entrée en poste; descendant même en dessous de la cote-plancher de SARKOZY.
«La cote de popularité du président François Hollande a baissé en novembre de trois points, à 20 %, selon le baromètre de l'IFOP – le plus ancien de tous ceux que réalisent les instituts de sondage français –, pour l'hebdomadaire Le Journal du dimanche. Il s'agit du score le plus bas enregistré par un président français depuis l'instauration de la Ve République, en 1958.
Le précédent record était détenu par François Mitterrand, avec 22 % en décembre 1991, au cours de son second mandat.» (1) 
Sa cote de popularité était de 61 % au 27 mai 2012, selon l'IFOP (2).

Au Canada, un modèle à plusieurs tours est appliqué au sein d'un parti majeur. Il a permis au parti Libéral du Canada (PLC) d’élire l'un après l'autre, 2 chefs pas si populaires que cela en tant que leader de leur propre parti, Stéphane Dion et Michael Ignatieff, éliminant à la surprise de plusieurs, des candidats pressentis. Après la lune de miel, les membres du parti trouvaient qu'ils étaient intelligents et intègres, mais surtout intellectuels et pas suffisamment des hommes d'action, ni suffisamment charismatiques. Ils parlaient surtout aux universitaires.

La formule multipartite elle-même ne présente pas que des avantages. Elle réduit plus souvent la popularité des élus, sauf s'ils sont le premier choix de la majorité. C'est normal, si un candidat est le premier choix de 35 % des voix, mais porté au pouvoir avec un artificiel 60% (deuxième choix et troisième choix comptés dans une formule à plus d'un tour) il ne faut pas s'étonner qu'il descende à 25 en cours de mandat.

Ainsi va la vie

Personnellement, j'ai passé au moins la moitié de ma vie adulte à voir au pouvoir, des partis qui ne représentaient pas mes idéaux. Cela fait partie de la démocratie, incluant aussi le fait d'accepter que des gens du peuple puissent voter; qu'ils soient ou non informés, ou illogiques, ou manipulables par le marketing, ou qu'ils soient des sans opinions influencés par leur entourage, ou de purs égoïstes de mauvaise foi qui votent par intérêt personnel. Ce n'est pas si mauvais,
  • quand on assume que l'on a rejeté la royauté, 
  • que l'on ne voudrait pas davantage d'une dictature
  • et que ces défauts ou faiblesses des électeurs se retrouvent dans toutes les formes de scrutin
BREF, il y aura toujours de nombreux insatisfaits face aux résultats d'une élection générale ou après...

Même dans un système à la proportionnelle
  • les électeurs tendent à voter de façon stratégique
  • et à avantager les grands partis.
  • Tandis que les partis radicaux négocient leur appui aux projets de loi, exerçant une influence bien supérieure à leur popularité réelle auprès du peuple.  C'est bien là le piège.
LIRE à ce sujet:
DÉMOCRATIE: faudrait-il une représentation proportionnelle au Québec? (3 septembre 2012)

_______________
1.  Hollande bat le record d'impopularité d'un président français depuis 1958. Le Monde.fr avec AFP. Le 17 novembre 2013. (date de référence étant le 17 novembre 2013).

2.  L'évolution de la cote de popularité de l'exécutif (de mai 2012 à entre nov. 2013 et jan. 2014, variation comparée par les instituts de sondage, pour les leaders de l'exécutif socialiste)
http://www.lemonde.fr/politique/visuel_interactif/2013/03/27/l-evolution-de-la-cote-de-popularite-de-l-executif_1853570_823448.html
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