jeudi 9 août 2012

Enquête : Éthique journalistique à Radio-Canada?

Une Société d'État qui opère des réseaux d'information et de divertissement ne pourrait se permettre d'être partisane et de pratiquer la rétention d'information (la mettre en réserve), en prévision de la couler dans un but stratégique, à un moment ciblé en vue de nuire ou aider un parti politique

Le faux raisonnement du traitement des révélations, qu'elles soient fondées ou non, par le journaliste d'enquête de la SRC en date du mercredi 8 août 2012 est le suivant: on ne pourrait, dit-on, s'empêcher sur la base des élections (période électorale), de dévoiler de l'information sur un possible scandale politique, sous prétexte de nuire ou aider à un parti politique. Sauf que le problème éthique du traitement de l'information n'est PAS LÀ, mais il est le suivant. Un éventuel journaliste d'une Société d'État comme CBC / SRC qui ferait volontairement de la rétention d'information en attendant de la couler à un moment opportun comme la période électorale ferait preuve

1) soit d'opportunisme (agir par intérêt pour sa cote ou celle de la Société)
2) soit de stratégie partisane, donc inacceptable (manquement éthique) pour la Société d'État qui doit être une référence en neutralité
3) soit d'un manque total de professionnalisme ou 
4) soit d'un manque de compétences ou 
5) toutes ces possibilités combinées.
Il pourrait même s'agir d'une action violant la Loi électorale du Québec (volontairement nuire ou aider un parti en période électorale avec des ressources financières ou humaines).

Des questions éthiques en journalisme se posent

Depuis quand la SRC avait-elle l'information et depuis quand cette information était-elle validée et produite? La Société a-t-elle fait preuve de diligence dans le traitement de l'information, ou a-t-elle volontairement attendu le déclenchement de la période électorale pour la divulguer?

Si la SRC avait l'information depuis peu, il n'y a pas de scandale (ex. depuis 2, 3 ou 4 semaines). On peut comprendre que la Société publique avait besoin de temps pour valider et produire son émission. Mais si cette information stratégique a été mise en réserve comme "arme stratégique" partisane de la Société pour un moment opportun en vue de nuire à un parti politique ou en protéger un autre, ou de mousser sa cote, alors on peut parler de possible scandale journalistique, voire médiatique. 

Supposons par exemple l'inverse. Imaginez que la Société d'État aurait eu, par exemple, de l'information nuisible au Parti Québécois et à Pauline Marois depuis le printemps ou le début de l'été, mais qu'elle ait attendu des semaines, la course électorale pour la diffuser. Les journalistes verraient-ils les choses sous le même angle, que lorsque le Parti Libéral du Québec est visé? Cela ne fait pas de moi un Libéral de poser la question.

Je n'ai malheureusement pas entendu de journalistes ou d'animateurs s'élever contre cette possibilité de
traitement de l'information, si cela s'avère le cas, à savoir dans l'éventualité très possible, où le journaliste aurait gardé l'information cachée au public, pour de bas intérêts partisans ou par opportunisme. 

Je crois donc que cela mériterait enquête pour connaître 
1)  la date où l'information était connue et validée
2)  la date où l'émission était produite et prête à diffuser (validation et qualité acceptables)

S'il s'avère que le journaliste ou la Société retenaient l'information par motifs d'intérêt contraires à l'intérêt public, ce serait un manquement à l'éthique journalistique de la part du journaliste et de la part de la Société d'État (SRC / CBC francophone) d'attendre (faire de la rétention d'information) pour la divulguer lors de la campagne électorale. 

Les implications de neutralité pour une Société d'État

Faut-il rappeler que CBC (anglophone) / SRC (francophone) reçoivent ensemble annuellement une généreuse subvention de près de 1,2 milliard; chiffres du Rapport annuel de 2011 (1); soit plus de 22,2 millions par semaine de l'argent des contribuables. Rappelons que 
1)  les citoyens qui subventionnent la Société sont de toutes allégeances politiques et méritent un traitement de l'information équitable
2) sans l'argent public injecté, la Société d'État serait en important déficit
3)  les partis politiques ont droit à un traitement équitable de la Société d'État. Un réseau public d'information peut être en désaccord avec un parti politique, mais cela ne lui confère aucun droit de faire de la rétention stratégique d'information jusqu'à une date future, dans le but de nuire à un parti ou de créer de la cote d'écoute
4) la Société d'État doit être un modèle, une référence, un étalon de mesure en vue de la neutralité en information  (notamment clairement séparer la nouvelle de l'éditorial et présenter l'autre point de vue avec des intervenants de qualité équivalente).

Une Société d'État qui opère des réseaux d'information et de divertissement ne peut se permettre d'être partisane et de pratiquer la rétention d'information, en prévision de la couler dans un but stratégique, à un moment ciblé en vue de nuire ou aider un parti politique. Si c'est le cas, le Québec a un problème à régler avec la SRC. Et l'activité constituerait une violation de la Loi électorale du Québec, car fournir des employés et ressources pour nuire  intentionnellement ou aider un parti politique constitue une activité illégale.
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1.  Examen des résultats financiersRapport annuel de CBC - Radio-Canada 2010-2011. Tableau État consolidé du résultat et des résultats étendus section Financement public, p. 75.
http://cbc.radio-canada.ca/site/rapports-annuels/2010-2011/pdf/finances/CBC-RC_AR011_F_Information%20financiere.pdf

Un financement public de l'ordre de 22,2 Millions de dollars canadiens par semaine, chiffres basés sur le tableau État consolidé du résultat et des résultats étendus section Financement public, reporté sur une moyenne de financement public par semaine de 7 jours (1,159,938,000 $ par année). Exercice terminé le 31 mars de l'année 2010-2011 (exercice du fédéral débutant au 1er avril et se terminant le 31 mars de chaque année).
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