mardi 3 novembre 2015

Rapport Payette sur le rôle des médias de Québec dans la défaite de Pauline Marois en 2014

Une étude qui est en fait une compilation qui relève de l'essai socio-politique ou de l'analyse post-partum après une défaite humiliante du PQ, va faire la spin médiatique durant les prochains jours. Un exercice inévitablement partisan. 


Pour vous donner une idée, c'est comme si l'Église catholique faisait une étude «neutre» sur elle-même, préparée par un membre de son clergé suivant une méthode d'étude. L'exercice pourrait être valable pour l'institution, mais certainement pas neutre; ça non! Bref, le rapport Payette est celui d'une initiée qui n'a pas été élue dans une circonscription de la ville de Québec, et que l'on veut tenter de nous imposer, comme une référence historique. L'information a coulé (une prétendue fuite du rapport avant sortie officielle) via un journal où l'auteure a travaillé. Elle est bonne.

Appuyons sur le frein. Le rapport Payette est une compilation et réflexion (analyse) socio-politique, certes, mais d'une candidate du PQ battue aux élections de 2014, qui est l'auteure dudit rapport. Et le rapport, que l'on nous dit «neutre» est commandé par une première ministre non réélue à la même élection et payé par le budget discrétionnaire de celle-ci.

Le comble, c'est que les médias complaisants (Le Devoir où Madame Payette a travaillé en tête) semblent vouloir désigner à tort durant des jours comme une «étude» neutre. C'est brillant, mais malhonnête. En fait, c'est un document d'une initiée, elle-même vaincue aux élections, pour une défaite qu'elle analyse. Wow!

L'analyse socio-politique; bien loin d'une science exacte


Et pourtant, l'analyse politique comme discipline, n'est pas une science exacte; tout le contraire! Il y a tellement de paramètres à considérer. Mais le PQ, lui, sait. Le PQ est divin.



PHOTO : Madame Dominique Payette, fille de Lise Payette et candidate elle aussi vaincue, comme la PM Pauline Marois en 2014, est l'auteure du rapport (non encore publié le matin du 4 nov. 2015) qui dénoncerait les radios privées de Québec. Crédits photo : « Dominique Payette » par TardifQC — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dominique_Payette.jpeg#/media/File:Dominique_Payette.jpeg

Culture souverainiste


Jusque vers la mi-vingtaine, j'étais souverainiste. Aujourd'hui à l'aube de la cinquantaine, je ne voudrais pas d'un tel pays bleu qui rêve de censurer les médias d'opinion et pourquoi pas par la suite, les réseaux sociaux. C'est ce que semble suggérer (contrôler les radios privées) la sortie de ce rapport de Dominique Payette (Journal de Québec, 3 nov. 2015), fille de la très connue politicienne de carrière et féministe, Lise Payette (née Lise Ouimet). Il s'agit d'un «rapport» dont le contenu non encore dévoilé au matin du 4 novembre 2015, aurait filtré via le journal Le Devoir le 3 novembre (repris le 4 nov. pour un rapport non encore publié). Habile coup de marketing, il faut avouer.

Ceci dit, pendant plus de la moitié de ma vie informée, je n'ai pas connu ce qu'est une radio ou TV de centre-droit ou de droite économique.

Juste retour des choses après un excès de gauche?



Pour moi, le discours plus de centre, centre-droit et de droite de quelques radios privées n'est qu'un juste retour des choses, pour faire contrepoids à la ligne éditoriale de ICI Radio-Canada (pendant francophone de CBC), opinion sans cesse confondue avec l'information; exemple, dans le choix des grands titres, de l'angle, des invités, des questions, etc. Par exemple, aux bulletins du soir c'était Gilles Duceppe (Bloc Québécois = parti souverainiste de l'opposition avec des députés au fédéral) qui y «expliquait» les politiques de Harper (Parti Conservateur du Canada). Ce dernier avait droit quant à lui, à un extrait (montage) d'une minute, jusqu'à ce que Le Bloc soit presque effacé de la carte électorale canadienne en 2011. Message?

Le truc des comm


Quiconque a un minimum d'expérience ou d'observation en communications connaît les trucs de la Société d'État radio-canadienne (TV). Par exemple, 
  • se servir d'une question ou opinion d'un invité ou panéliste  comme tremplin en disant «ce n'est pas elle qui l'a dit, elle citait un intervenant...» (Bonsoir en passant Mme Dussault, tous les amis et M. l'ombudsman de ICI Radio-Canada!). 
  • Autre astuce, on choisit les invités du même côté du cercle d'opinions. On réunit par exemple 1 gauche + 1 centre-gauche + 1 extrême-gauche et mon doux, + 1 extrémiste de centre! Résultat: oui il y a débat, mais vous pouvez être assurés d'une conclusion à gauche. 
On nous traite de la sorte comme des idiots, dans la plupart des débats de société, si nous ne sommes pas de gauche, ou si nous sommes sceptiques des dogmes post-modernes (portés par le néo-clergé des artistes, des humoristes, des journalistes partisans, etc.).

Selon le PQ et ICI Radio-Canada (le grand réseau public qui est beaucoup plus qu'une radio mais incapable de se décoller d'une dénomination décalée de «radio» encore après une démarche coûteuse de marketing), le Canada et les sociétés occidentales ne devraient pas avoir de centre-droit ou de droite économique. Mario Dumont (ancienne ADQ) était donc à honnir en 2007 et 2008. 

À qui ou à QUOI, doit-on la défaite du PQ en 2014? La réalité est qu'en politique, personne ne peut rien affirmer


Ces thèses sur la ville de Québec sont nettement exagérées, car la Capitale du Québec a su démontrer à maintes reprises, qu'elle ne vote pas toujours du même côté de l'échiquier politique. Si le PQ n'était pas devenu un parti presqu' exclusivement de gauche et très interventionniste, il aurait toujours eu un noyau représentatif à Québec.

On pourrait le démontrer par la quasi-disparition du Parti Conservateur du Canada de la Capitale lors de l'élection fédérale de 2011. La cause? le refus de subventionner directement l'amphithéâtre multifonctionnel de Québec (actuel Centre Vidéotron). Les élus du PCC, après avoir porté fièrement un chandail des ex-Nordiques, allaient déclarer quelques semaines plus tard que le sport professionnel ne serait pas subventionné. Quelle gaffe alors d'avoir porté le chandail! Josée Verner, une porte-parole et élue du parti, pourtant elle-même solidement implantée et les autres furent pratiquement balayés de circonscriptions de la capitale en 2011. Le NPD a gagné la majorité des circonscriptions de la ville lors de cette élection fédérale, même en zone conservatrice, avec son chef, Jack Layton qui devint plus sympathique aux mêmes stations de radio dites conservatrices; le bonhomme pour «prendre une bière» (qu'on ne boit jamais au bout du compte). Il a grandement été aidé par une apparition conviviale à l'émission TLMEP de la TV montréalaise. Quelques années plus tôt, le chef de l'ADQ plus à droite (élections provinciales) s'y était fait planter malhonnêtement en refusant de dévoiler son cadre financier dans une émission de variété imprévisible; chose qui ne fût pas demandé aux autres partis dans la course. La chose ne fût pas coupée au montage.

Le souverainisme semble le seul responsable de son échec. Plusieurs Québécois, même des jeunes, ne veulent pas d'une société migrant de plus en plus vers le socialisme où l'on punit ceux qui travaillent et dont l'État tentaculaire s'ingère à outrance dans les choix individuels; où l'on rêve de nous rééduquer et de censurer les médias d'opinion. Inévitablement, les réseaux sociaux seraient visés aussi.

L'erreur stratégique du PQ en 2014 ?


Enfin, en déclenchant des élections pour affermir son parti minoritaire, seulement un an et demi après l'élection de 2012, Madame Marois a commis l'erreur de vouloir imiter l'exploit de Jean Charest (PLQ) qui a réussi à avoir les «deux mains sur le volant» en 2008, après avoir été minoritaire en 2007. Un PLQ humilié par l'ADQ (parti mal préparé pour former l'opposition officielle après avoir presque battu la machine PLQ en 2007), a réussi un exploit: retourner Mario-Dumont et ses élus au rôle d'un parti tiers. Sauf que dans ses rêves, l'erreur de la première femme PM du Québec en 2014, aura peut-être été de mal interpréter le peuple. Ma thèse : elle et son parti avaient été élus minoritaires après l'été 2012, parce que le peuple du Québec le voulait ainsi. Depuis longtemps déjà, vouloir du PQ ne voulait pas nécessairement dire souhaiter la souveraineté à tout prix. On voulait plutôt une alternance de partis au pouvoir et sortir les Libéraux qui avaient l'air très louches après avoir tenté d'empêcher une commission d'enquête sur la corruption dans le marché public de la construction. En voulant affermir le PQ (passer majoritaire), le PQ s'est vu confirmer que la volonté populaire était bel et bien un PQ minoritaire. D'autres ont voulu signifier qu'ils n'acceptaient pas une coûteuse élection de plus si près de la dernière campagne. Les radios privées peuvent constituer une partie de l'équation seulement, car la machine d' ICI Radio-Canada a un penchant naturel pour le PQ au Québec (plusieurs de ses journalistes et animateurs francophones).

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Une partie de ce texte a été originalement publiée en réaction à un publication d'un billet du chroniqueur Richard Martineau, du Journal de Montréal, 3 novembre 2015.

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