samedi 4 octobre 2014

Éducation Québec : Pourquoi subventionner l'école privée? QUIZ vidéo de la FEEP

La Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP)  au Québec présente une courte vidéo au contenu simplifié pour expliquer en quelques mots et images la situation du financement du réseau scolaire privé, particulier au Québec. La vidéo «QUIZ pourquoi financer l'école privée» est bien faite et d'écoute facile. Je commente par la suite ce qui pourrait être perçu comme des mensonges.



L'argumentaire de la FEEP étant très simplifié pour le besoin, certains pourraient croire que les chiffres sont falsifiés

Voici le fruit de mes recherches, réflexions et contacts avec le réseau privé
(dernière mise à jour: lundi 6 octobre 2014)

D'où vient que l'élève au privé ne coûterait que 38% du support de l'État au public, si l'État finance un élève du privé à 60% de la subvention du public ?



Réponse: Soixante pourcent, c'est la mesure pour des services éducatifs seulement. Il faut savoir que le 60% de subvention est très mal compris. Cela exclut par exemple, les coûts majeurs liés à l'acquisition et l'entretien des infrastructures comme les édifices, les rénovations, le chauffage, etc. Mais pas uniquement ces coûts.

La participation gouvernementale à hauteur de 60% se limite à la part subventionnée pour l'inscription d'un élève aux services éducatifs, contre 100% de ces services dans le réseau public, sans compter plusieurs autres subventions auxquelles le privé n'a pas accès. Les médias et syndicats ont véhiculé largement, volontairement ou non, que les écoles privées seraient subventionnées «au moins à 60%» des  coûts totaux des dépenses du privé, ce qui est une mauvaise compréhension. On l'a lu pourtant lu et entendu plusieurs fois durant la Semaine pour l'école publique


L'école publique reçoit de l'État et des contribuables via les impôts, les taxes et taxes scolaires, au-delà de la totalité des frais couverts pour les services éducatifs
, beaucoup d'autres subventions et allocations, en plus des revenus de taxes scolaires perçues par les commissions scolaires; des subventions et allocations ne sont PAS (ou ne sont plus) accordées au privés.
  • Par exemple l'achat et l'entretien de la propriété (édifices, stationnement, terrain, etc.) ne sont pas subventionnés au privé. 
  • Les écoles privées ne reçoivent aucune part des taxes scolaires,
  • aucune subvention pour les élèves en difficulté
  • Elles ne reçoivent plus de subvention à l'embauche d'étudiants stagiaires en éducation,
  • ni pour soutenir l'entrepreneuriat
  • ni pour l'innovation technologique
  • ni pour les programmes de lecture
  • (...)

Même le Ministère de l'Éducation, du loisir et du sport NE prétend PAS subventionner les écoles privées à 60% 


L'État subventionne pour le privé, uniquement une partie de ce qui touche aux services éducatifs, comme en témoigne ses propres chiffres.

C'est 43% des activités couvertes par rapport au 100% de la partie des subventions du public (même pas de toutes) qui est pris en charge pour un élève inscrit au privé (100% au public, 43% au privé), chiffres du MELS

Il ne s'agit pas ici pour les instituts d'enseignement privé de se plaindre, mais elles n'ont pas le choix d'expliquer l'erreur perpétuelle du 60%

C'est en considérant ces autres dépenses couvertes au public que les écoles privées en arrivent à un financement par élève pour l'État québécois en subventions et allocations publiques, autour de 38% du coût à 100% de référence de l'année scolaire d'un élève au public. Chaque élève inscrit au public coûte plus cher au total, si l'on tient compte de toutes les subventions et allocations reçues au public et du fait que les parents du privé continuent quand même de payer les taxes, impôts et taxes scolaires (régime universel, tout le monde paie).

Le phénomène de la classe moyenne au privé et «Le jeu de l'élastique»


La réalité du Québec est que plusieurs des clients des instituts privés d'enseignement, de la maternelle au secondaire, sont issus de familles de la classe moyenne. Actuellement, une seule hausse des coûts de 1000$ par enfant pour une famille, pourrait diriger un grand nombre de ces enfants vers les commissions scolaires. Cela est validé par une étude réalisée en 2013 par l'Université de Sherbrooke (PDF  ici). Mais le problème pour les finances de l'État québécois, c'est qu'aucun argent nouveau ne suivrait, car les parents du privé n'ont pas cesser de contribuer au réseau public (taxes, impôts, taxes scolaires des commissions scolaires). Parce qu'elles ne sont pas dispensées de contribuer au système public, les familles clientes du réseau privé qui intègrent le réseau public constituent une dépense supplémentaire pour l'État, pour toute la partie non subventionnée. Par contre, cela peut être avantageux pour certaines classes du réseau public (certaines écoles) en manque de clientèle car un élève = 1 subvention. Et avantageux pour les syndicats qui aimeraient bien représenter un plus grand nombre de salariés. Inversement, pour les écoles déjà saturées en clientèle (ex. manque de locaux), le problème serait majeur. Le problème est que si dans certains cas (ex. manque d'élèves inscrits dans une école particulière) l'arrivée d'élève issus du privé peut être intéressant pour les commissions scolaires et les syndicats, par contre il ne s'agit pas d'argent neuf qui entre dans le réseau, MAIS d'argent du Gouvernement du Québec, qu'il devra cesser d'investir dans d'autres programmes.

Dans le contexte de la clientèle au Québec et du type d'économie et d'écoles privées plus communautaires que nous avons ici, l'État fait plus que jamais, après plusieurs coupes les années antérieures, du gambling économique, en pensant que ses coupes répétées (après d'autres services coupés encore en juin 2014) n'auraient pas d'effets sur ses coûts totaux de l'éducation. Ceci n'est pas une menace de la part des parents des écoles privées autonomes, c'est un fait; parce que plusieurs des parents du privé sont de la classe moyenne.

Parce qu'elles ne sont pas dispensées de contribuer au système public, les familles clientes du réseau privé qui intègrent le réseau public constituent une dépense supplémentaire pour l'État, pour toute la partie non subventionnée au privé.

Une étude de l'université de Sherbrooke réalisée en 2013 (1), PDF ici, démontre que plusieurs familles sont au seuil de retirer leurs enfants du privé. Question : où le Gouvernement du Québec ira-t-il chercher l'argent pour combler la partie non subventionnée au privé, le 62% non assumé par cette intégration au public couverte à 100%? Réponse: par une hausse des taxes et impôts et taxes scolaires. La part non financée par l'État au privé, environ 62% (100% - 38% = 62%), devra obligatoirement l'être selon le nombre d'élèves qui intégreront le réseau public. Voir plus haut pour l'explication du 38%. L'étude établit qu'à une hausse de 1000$ annuellement pour les parents, une famille sur trois retirerait ses enfants du réseau privé. Il faut savoir que beaucoup de familles se privent déjà d'autres dépenses, ou encore, ont deux ou trois enfants au privé. Plusieurs des clients du privé au Québec, faut-il le rappeler, sont des familles de la classe moyenne.

Le risque avec des nouvelles coupes (après plusieurs autres au fil des ans) est l'effet de l'élastique expliqué dans la vidéo. Beaucoup des parents sont au maximum de leur capacité, entre autres, parce que beauccoup des familles au privé au Québec sont de la classe moyenne. Voir à ce sujet l' étude réalisée en 2013 par l’Université de Sherbrooke. 


Le 40% d'élèves soit disant en difficulté au privé n'est-il pas une information fausse; de la pure démagogie?

Le chiffre de 40% des élèves en difficulté au privé peut paraître gros, mais il faut savoir qu'il est bien dit que cela peut aller jusqu'à 40% dans certaines écoles; ce n'est pas une moyenne.
«Parmi ses membres, la Fédération compte 12 établissements qui offrent exclusivement des services en adaptation scolaire à des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation et d'apprentissage» (Site de la FEEP, 2014).

Globalement, selon les chiffres communiqués ailleurs par la FEEP, ce sont 10% des élèves du privé qui sont en difficulté


Ce que les instituts privés veulent dire aussi, c'est que contrairement au mythe fort répandu, les écoles privées enseignent elles aussi des enfants en difficulté (avec problèmes d'apprentissage) qui représentent 1 élève sur 10 ET jusqu'à 4 sur 10 dans certaines institutions.

La simple réflexion personnelle et la connaissance de clients et travailleurs dans le réseau des écoles privées me permet de comprendre ceci :
  • Du fait que les élèves sont souvent inscrits en «fraterie» (plus d'un enfant par famille), de cette manière, l'un peut être fort et l'autre plus faible. L'école privée qui voudrait accepter l'enfant fort et rejeter son frère ou sa sœur plus faible perdrait probablement une famille-cliente.
  • De plus, quand l'élève joint une école privée dès la maternelle, la courte observation ne permet pas de déceler les difficultés futures comme la dyslexie et d'autres problèmes du genre que le temps peut révéler. 
  • Leur clientèle provenant très souvent du public, une partie de ces élèves arrivent au privé avec des difficultés.
  • Quiconque est parent sait qu'un enfant peut-être très fort en mathématiques et faible en écrit et oral, et vice-versa ou moins doué dans les aptitudes sociales. Tout dépend donc de la définition de la «force» et des «aptitudes».
  • Au Québec, la majorité des écoles privées concernées (soit de la maternelle au secondaire) ne sont pas des instituts élitistes, mais des écoles rigoureuses (en tout cas qui visent l'effort et la persévérance) où l'élève sait qu'il doit être prêt à travailler fort. Les résultats supérieurs proviennent plus du travail que de super capacités mentales. Par exemple, il est évident que les programmes sport-étude ou autres n'attirent pas que des cerveaux, mais que plutôt, le sport va agir comme facteur de motivation à travailler fort au niveau académique (une forme de motivation ou récompense). C'est ce que l'on appelle le renforcement positif, plus efficace que la répression ou plus utile que le nivelage vers le bas.
  • Il faut savoir aussi que l'élève est une source de revenu et non une dépense. Les écoles privées ont besoin d'argent elles aussi. Elles n'ont pas intérêt à n'accueillir que des «doués». Des écoles privées ne font pas passer de test d'admission. Elles laissent la chance au coureur et obtiennent elles aussi de bons résultats. D'autres ne font que passer des tests de classement visant à établir le profil académique prévisible. 
Les instituts d'enseignement  privé autonomes font partie de la même société. Ces écoles reçoivent elles aussi des élèves en difficulté en provenance du réseau public. C'est de là que plusieurs élèves leur arrivent s'ils ne sont pas inscrits depuis la maternelle ou le premier cycle du primaire. Ou elles en découvrent dans le cheminement scolaire d'un élève inscrit jeune au privé. Une proche travaille pour une école privée, aux services à l'élève, alors je sais qu'elles n'ont pas que des élèves forts. Ceux qui disent que les écoles privées envoient au public leurs élèves en difficulté, ne savent pas que le réseau public en accueille quelques uns parmi des dizaines qui cheminent au privé. Souvent, ils étaient au public avant d'aller au privé et de revenir. Mais qui dit qu'ils n'ont pas acquis quelques méthodes de travail qui les aideront dans la suite au public?

Et parce que l'aide aux élèves en difficulté n'est pas subventionnée au privé, ce sont souvent les parents (ou leurs assurances en partie) qui doivent assumer le coût des services spécialisés. Dans les faits, parce qu'un grand nombre des parents sont de la classe moyenne, c'est souvent le parent qui décide de se tourner vers le public pour avoir accès aux services spécialisés «gratuits». Mais il ignore souvent qu'il y a là, par contre des files d'attente pour l'aide spécialisée subventionnée, tout comme avec le programme de santé «universel». C'est arrivée à une ancienne collègue de travail: enfant en difficulté au public, file d'attente de plus d'un an (près de deux) pour le service gratuit... donc non disponible dans un délai raisonnable.

Il existe beaucoup de mythes contre le réseau d'enseignement privé au Québec qui n'a rien à voir pour la majorité des instituts privés autonomes, avec un réseau élitiste. Bien des parents choisissent le privé plutôt pour les programmes particuliers (ex. sport-étude), que le public a commencé à imiter (aspect positif). La compétition s'est avérée enrichissante pour le réseau public. Plusieurs parents y recourent aussi pour être traités comme des clients et pour que leurs enfants aient un cadre un peu plus serré (stimulés à l'effort) ET non parce qu'ils penseraient que leurs enfants seraient plus «intelligents». Ils veulent plutôt un peu plus de cadre, d'effort et de motivation.

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1.  François LAROSE et autres. Profil socioéconomique et attentes technologiques des parents d’élèves du réseau des établissements d’enseignement privé du Québec. CRIÉSÉ (Centre de recherche sur l'intervention éducative et socioéducative) Sherbrooke, 6 décembre 2013.


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