vendredi 10 mai 2013

Sélection des immigrants basée sur la langue, oui mais à quel prix?

La chroniqueuse du Journal de Montréal, Lise Ravary, raconte cette anecdote d'un trajet à pied, en plein coeur de Londres, lors de son dernier séjour:
«Lors de mon dernier passage dans la capitale anglaise, je marchais vers 20h en direction de mon hôtel, le Hilton Metropole sur Edgware Road, en plein coeur de Londres. Je me suis fait harceler comme cela ne m’était jamais arrivé nulle part ailleurs: sur trois pâtés de maison, on m’a traitée de pute et de mécréante, on m’a menacée si je ne quittais pas le quartier: ‘Ici, c’est Dar-al-Islam, (terre d’Islam). Vous n’avez pas d’affaires ici.’ Manifestement, monsieur Saunders, on s’énerve pour rien.» (1)
Ce Doug Saunders qu'elle interpelle a été correspondant en Grande-Bretagne pour le Globe and Mail. Il est auteur de l'ouvrage: The Myth of the Muslim Tide. Il y a pourtant une différence entre l'analyse de Sanders et la réalité du terrain; entre le concept idéal ou idyllique (ex. la situation en milieu universitaire), et le résultat sur certains terrains.

C'est ce type de changement social que voyait l'auteur Salman Rusdhie, avant de faire l'objet d'une fatwa (dans son cas, la cible d'un appel au meurtre par des autorités islamiques reconnues) pour un roman controversé.

Le texte de Lise RAVARY propose une diversification des origines et conditions des immigrants. Il faut selon elle diversifier et prévoir du temps pour une intégration réussie des nouveaux arrivants à la culture d'accueil; ce qui se fait davantage sur 2 ou 3 générations plutôt que sur 2 ou 3 ans. C'est à ce niveau qu'une intégration-éclair basée surtout sur la langue parlée au foyer fait fausse route.

La culture déborde de la langue et ne change pas durant un trajet de quelques heures

Si un travailleur Québécois qui a appris le mandarin part demain pour vivre en Chine, il ne devient pas de culture chinoise à sa descente de l'avion. Sa culture ne change pas durant le trajet. Lui vivra une transformation sur des années et ses enfants auront davantage la culture chinoise et leurs enfants, seront un peu plus chinois de culture. Mais ils auront logiquement conservé des traits de la culture québécoise sans mépriser la culture d'accueil. Or, nous semblons naïvement présumer qu'un immigrant qui arrive d'une culture très différente de la culture nord-américaine et plus spécifiquement canadienne et Québécoise, aura notre culture à la descente de l'avion s'il parle français (ex. arrivant au Québec ou en France) ou s'il parle anglais (ex. arrivant au Royaume Uni, aux États-Unis, au Canada hors-Québec, en Australie, etc.). C'est simpliste de penser cela.

Une adaptation à une culture d'accueil ne s'opère pas en quelques heures, dans le voyage entre deux continents. Il faut donc au départ, choisir des gens qui soient décidés à s'ouvrir à la culture d'accueil. Ceci ne veut pas dire en occident, pour l'immigrant, se renier soi-même. Car il trouve ici les libertés essentielles, y incluse celle de pratiquer sa religion dans la paix. L'immigrante n'est pas obligée de porter la mini-jupe, les talons aiguilles et le décolleté pour faire partie de la culture canadienne ou québécoise (pas plus que les canadiennes et québécoises). Mais si une immigrante porte la burqa, le hijab ou le niqab sur la rue ou dans les endroits publics, cela sera perçu par plusieurs, comme une fermeture à la culture d'accueil; comme un désir de coupure et d'isolement, voir même un mépris (plus ou moins: «je suis supérieure à vous», «je ne veux pas me mêler à vous»). Entre les vêtements qu'elle juge trop "sexy" et l'uniforme islamique féminin qui relève de la tradition et non du livre, il y a possibilité pour elle de trouver un équilibre et de s'habiller sobrement en toute liberté et en respect de l'esprit de sa religion.  Même chose pour le Juif. Mais si des individus ou familles n'aiment pas cette culture d'accueil, ou y sont fermés, avant même d'arriver, c'est perdu d'avance. Il n'y aura plus une nation avec divers immigrants, mais des nations dans la nation, des enclaves territoriales (districts, arrondissements, villages, villes) dans le pays et bientôt : division, conflits, lois parallèles d'abord appliquées en secret, ... La sélection des immigrants doit au départ tenir compte de cela et d'une nécessaire diversité dans le respect de la culture d'accueil qui a mis des siècles à se trouver un équilibre.

L'écrivain Salman Rushdie remet en contexte le roman controversé qui lui a valu que sa tête soit mise à prix  (fatwa) par des leaders politico-religieux islamistes (vidéo, durée 2 minutes)


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1.  Lise RAVARY, Immigrants francophones oui, mais à quel prix ?
 Journal de Montréal, 9 mai 2013.
http://blogues.journaldemontreal.com/liseravary/actualites/immigrants-francophones-oui-mais-a-quel-prix/#.UYwSk8cntjM.twitter,

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