dimanche 23 septembre 2012

Les nouveaux Starbuck reproducteurs humains

L'HOMME QUI SEMAIT DES ENFANTS!?!
Les nouveaux Starbuck, ces mâles reproducteurs humains qui fonctionnent via internet ou par annonces, me causent un certain malaise. Nous avions entendu parler des donneurs des cliniques de fertilité pour les couples, mais il s'est développé une nouvelle tendance selon laquelle des donneurs de sperme veulent laisser leur trace, souvent de façon anonyme, il faut dire. Mais, peu importe que ce soit encadré médicalement avec un donneur ingénieur qui a fait 150 dons de sa semence en trois ans, ou via un contact, cela soulève plusieurs questions éthiques de valeurs sociales communes et non uniquement individuelles. Donner la vie à un enfant humain serait-il pour l'homme aussi banal que de planter des arbres dans un champ? 
(Mise à jour 27 septembre 2012, 12 février 2014)


L'origine du nom Starbuck

«Je suis ton père !»
YapasdPRESSE.blogspot.ca
23 septembre 2012

Hanoverhill STARBUCK (1), c'est le nom d'un taureau de la race Holstein Canada. Il est devenu une référence pour la procréation assisté (insémination artificielle) chez les vaches laitières au Canada, aux États-Unis et même ailleurs dans le monde. Il a vécu de 1979 à 1998 et sa semence a servi à donner naissance à plus de 200,000 femelles à travers le monde, ainsi qu'à 209 mâles de première génération et 406 mâles de deuxième génération, éprouvés (mâles reproducteurs). 685,000 doses de sa semence ont été vendues dans 45 pays, pour un revenu cumulatif de l'ordre de 25 millions de dollars. La bête a mérité quantité de prix et de nominations.

J'appartiens à une famille

Mais chez l'humain, les choses ne sont pas si simples que dans le monde du bétail et de l'industrie laitière. J'ai connu un jeune garçon qui avait d'abord pensé connaître son père; l'homme avec qui sa mère partageait sa vie quand il était dans la petite enfance. Puis, lorsqu' il avait environ 4 ans, la mère s'est séparée dudit conjoint auquel le garçon s'était attaché affectivement. Elle a alors annoncé au jeune enfant que ce n'était pas son père. Il en a subi un double choc émotif compréhensible et prévisible (séparation et lien filial). La mère a partagé un ou des logements avec des colocataires et l'enfant a fini par vivre de graves problèmes émotifs, avec des crises, notamment la peur du rejet et de l'abandon, la difficulté à s'attacher et à faire confiance. À 4 ans il avait l'air triste. À 8 ans il vivait de sérieux problèmes (...) Cela m'a confirmé que la famille n'est pas une notion que l'on pourrait réinventer ou redéfinir à notre guise. La cellule familiale fait partie de la nature même de l'humanité. Le bien-être d'un enfant humain, un «petit d'homme» est aussi plus complexe que celui d'un animal de compagnie.

Marchandisation de la natalité

Dans une relation à la Starbuck, l'enfant espéré devient en quelque sorte, un «produit génétique» que l'on (dans le contexte, souvent la mère sans partenaire de vie masculin) tente d'ajuster à un carnet de commandes. La naissance peut plus fréquemment tourner rapidement autour des besoins de la «cliente».

La chose diffère du couple de la façon suivante. Le développement d'une relation homme-femme présente normalement différentes étapes. Après un certain temps, des relations se brisent suite au constat d'incompatibilité de caractères, par exemple. La femme apprend à connaître l'homme. Elle a suffisamment confiance, ou non, pour fonder un couple stable, puis une famille avec lui. Et lui avec elle. Plusieurs relations (probablement la majorité) ne se rendent pas ainsi jusqu'à donner une relation stable et la naissance à des enfants. Beaucoup d'entre nous avons connu un ou deux échecs amoureux avant de trouver une personne à qui nous nous sommes attachés sur une base plus sérieuse, avant de fonder une famille.

Dans le phénomène de Starbuck relaté par les articles publiés ces jours-ci dans le Journal de Montréal (2), nous avons des gens qui contractent une fécondation et qui ne se connaissent pas. L'amour et la vie cèdent la place à un lien contractuel. Il est logique de penser que dans ce contexte, l'enfant puisse aussi devenir en partie, une marchandise dans laquelle la partie «cliente» pourrait refuser de s'investir dans les moments difficiles. Si elle avait connu certains traits du caractère et de la personnalité du donneur, elle aurait pu décider de ne jamais s'auto-féconder avec son sperme, par exemple.

Perte du sens de la notion de famille

C'est en réalité la plus importante question. On prétend changer les mots sans conséquences aucunes. C'est un mensonge aussi vieux que le monde. La définition d'une famille deviendrait, croit-on, malléable dans la post-modernité. Mais l'obligation de recourir à un donneur de sperme revient à un certain aveu que la nature ne se soumet pas à la philosophie. Il faut encore un homme et une femme pour concevoir des enfants. Dans un couple, il faut encore bien connaître l'autre pour s'engager à donner naissance. La preuve est que dans la vraie vie, une partie importante des relations amoureuses ne mènent  pas à la paternité/maternité (surtout au départ durant les premiers mois). Beaucoup de couples rompent leur relation en raison d'incompatibilité de caractères ou autres raisons comme le manque de confiance en l'autre. Il s'ensuit une certaine protection pour les enfants qui naîtront effectivement un jour d'une relation de couple plus stable.

Sous l'approche du recours à un donneur, l'enfant tend à devenir un produit et par conséquent, court logiquement plus de risques de rejet ou de vivre des passages difficiles lors de la construction de son identité et de sa raison d'être, surtout si tout ce qu'il connaît de son père, c'est une seringue et une ou quelques rencontres d'au plus quelques heures entre sa mère et son géniteur. Tout ceci sans parler de la rivalité naturelle entre les hommes. Un père pourrait bien accepter ce type de fécondation dans un premier temps, puis changer d'idée dans le cours du développement d'un garçon, s'il voit l'autre homme en lui (le rival) par exemple...

Traçabilité du «produit»

Puisque l'enfant attendu tend à être traité comme une commande génétique avec un devis plus ou moins précis, on pourrait parler de «traçabilité» (pouvoir retracer le donneur) en lien avec le don de sperme et divers aspects du géniteur; aspects psychologiques, aspects de santé, etc.

Nous savons que des donateurs en cliniques ou de façon artisanale peuvent contribuer à plusieurs dizaines, voire des centaines de dons sur un certain nombre d'années, ex. 5 ou 6, et cela peut se retrouver aussi dans une région relativement restreinte. Les médias nous ont appris en 2012, qu'un homme a donné plus de 300 échantillons en quelques années à une même clinique de fertilité. Il s'en suit inévitablement un risque non négligeable de consanguinité dans le cas d'un père dont l'enfant ne connaîtrait pas l'identité.  Et il est en plus illusoire de croire qu'une clinique puisse connaître toute la génétique d'un géniteur. Le test "toutes les maladies" n'existe pas. La clinique se fie surtout à un questionnaire. Le donneur peut mentir ou se tromper. Prenons par exemple la grande région de Québec (Ville de Québec et couronne autour) et imaginons que sur 6 ans d'activité, un donneur actif ait fourni 300 échantillons de sperme de façon anonyme ayant mené à 70 grossesses effectives.

Nous avons là 70 enfants qui sont dans le même groupe d'âge, garçons et filles. La possibilité que des couples soient ensuite formés entre demi-frères et demi-soeurs ou cousins et cousines la génération suivante, n'est pas nulle. Le risque se multiplie à la génération suivante, même si le degré de consanguinité diminue. Cela soulève la question de la santé des descendants. On peut donc parler de traçabilité (connaître le donneur et avoir accès à lui). Il pourrait en résulter des enfants des générations suivantes avec de sérieux problèmes de santé.

Sans parler de maladies connues et inconnues du père ou dans sa famille très proche (frères, soeurs, parents à lui) ou de maladies ou infections sexuellement transmissibles.

Mais alors qu'on peut retracer l'origine d'un steak haché contaminé vendu chez un détaillant et rappelé par la compagnie, les enfants n'auront, dans bien des cas, aucun accès à l'un des parents biologiques. Cette attitude est à la fois égoïste et irresponsable. Il faut absolument qu'au minimum, chaque enfant ait le droit de connaître accès à ses deux ascendants biologiques.

Mensonge, santé mentale et autres bagages génétiques: le sac à «surprises»

Un Danois donneur de sperme qui a produit 43 enfants et dont les dons de sperme pour fécondation in vitro sont passés par 14 cliniques dans 10 pays différents a transmis un désordre génétique (neurofibromatose de type 1) à au moins 5 bébés (3). Il a réussi à contourner les lois du Danemark et à franchir le filtre de 14 cliniques. Mais il est impossible de savoir combien de ces descendants ont effectivement développé la maladie. La Suède serait un des pays touchés par le donneur no 7042.

La raison est simple: le test "toutes maladies", physiques ou mentales, n'existe pas. Le donneur peut mentir ou ignorer son propre état (certaines maladies sautent une génération, le VIH peut être présent sans produire le SIDA avant des années, etc.).

Le géniteur

  • peut mentir (formé comme ingénieur mais n'a pas passé son examen de l'ordre ou professionnel ou encore chômeur pour cause de maladie mentale ou incompétence ou faute grave). 
  • Il peut volontairement cacher des choses sans mentir si la question ne lui est pas posée. 
  • Il peut aussi omettre de mentionner des maladies chez ses proches (mère et père, frères et soeurs). 
  • Supposons encore que le donneur ait une belle apparence, un emploi convenable, une vie qui semble normale ou même qu'il fasse partie de l'élite. Il peut toutefois être malade ou avoir un membre de sa famille immédiate qui ait une maladie héréditaire grave inconnue de la «cliente» ou des «clients», laquelle pourrait ressortir à la génération suivante (géniteur porteur du gêne d'une maladie sérieuse).

Et que dire aussi de l'équilibre mental du géniteur. En carrière, j'ai connu à l'occasion, des professionnels bien rémunérés dont je n'aurais pas voulu pour père. 

  • Le donneur de sperme est-il narcissique, a-t-il une tendance quelconque non diagnostiquée parce que non révélée encore à l'âge de 25 ans (ex. bipolarité ou tendance maniaco-dépressive faisant des dons de sperme dans ses "highs")? 
  • Est-il intransigeant envers les autres, incapable de compassion? 
  • Cache-t-il une haine des femmes derrière une belle façade le motivant à donner du sperme aux plus grand nombre de receveuses possible (ex. fils d'une mère envahissante dans son enfance ou d'un père misogyne, échecs amoureux répétés...)? Un petit Marc Lépine postmoderne en puissance, pourrait-il vouloir extérioriser sa haine des femmes en en fécondant le plus grand nombre possible via ce moyen impersonnel? 
  • Des questions se posent aussi pour la mère. L'enfant sera-t-il entre bonnes mains? Comment réagira-t-elle si elle constate que l'enfant a des traits de caractère fort désagréables qu'elle ignorait du donneur de sperme? Ou s'il développe une maladie qui exige beaucoup de soins et suivi?

Bref...

Dans une vraie relation de couple, le père et la mère ne sont généralement pas des inconnus l'un envers l'autre. Cela encadre en quelque sorte la naissance. Après la naissance, si l'un des parents vient à faillir, l'autre peut prendre la relève.

On pourrait encore parler des aspects légaux (notion de contrat verbal, poursuites possibles contre le donneur, etc.), mais le plus important est l'aspect humain et le bien-être de l'enfant à naître. La famille stable et des conjoints qui se font confiance demeure la formule la meilleure pour le développement de l'enfant.

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1.  CIAQ. La légende de STARBUCK. Qui est STARBUCK? Centre d'insémination artificielle du Québec.

2.  Série sur les dons de sperme via internet ou les annonces
http://www.journaldemontreal.com/2012/09/23/bientot-illegal (sommaires vidéos disponibles après l'intro de la jouraliste)

3.  Hilary WHITE. Sperm-donor father of 43 children passed on genetic disorder. LifeSiteNews.com
http://www.lifesitenews.com/news/sperm-donor-father-of-43-children-passed-on-genetic-disease (lien consulté le 27 septembre 2012)
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