dimanche 11 janvier 2009

Le droit de choisir sa maternité après la naissance d'un enfant

11 JANVIER 2009. L'État québécois, pour des enfants élevés en troupeaux... PAR l'État.
Dans la revue humoristique de l'année Bye Bye 2008 de la Société Radio-Canada (Télévision), l'humoriste Jean-François Mercier (ou son personnage présenté clairement comme Jean-François Mercier tout au long de l'émission) interprète la politique familiale de l'ADQ comme rétrograde et anti-féministe.

C'est en ces termes qu'il le dit dans son commentaire éditorial humoristique: «La place des femmes c'est enceinte pis dans la cuisine». Suivent évidemment les huées attendues et complices de l'auditoire assistant à l'enregistrement télédiffusé et suit la question tout aussi complice de l'animateur, l'invitant à justifier son affirmation. L'humoriste ajoute alors : «Non, c'est juste pour te montrer que je connais le programme politique de l'ADQ1». Ceci est évidemment de la satire de revue de fin d'année. C'est de la simplification extrême. L'ADQ avait quand même un programme dont plusieurs idées furent copiées par ses adversaires. Mais c'est de la caricature avec comme point de départ, la défaite cuisante de l'ADQ aux élections de 2008.

Mon propos ici, est que cette pensée satiriste ne trouverait aucune résonance, si elle n'existait pas même réellement et n'était pas bien implantée dans la société québécoise. Cela représente bien une attente ultra-féministe soutenue par une certaine élite et par les grands partis politiques québécois; soit le retour implicite et incontournable de la femme au travail, le plus tôt possible après la naissance. Aller au delà de 6 mois ou 1 an, est selon eux, une hérésie sociale, aussi pire qu'un retour à la domination historique du clergé catholique sur la francophonie, avec ses pressions pour la natalité pour combattre les anglais et engendrer beaucoup de petits catholiques.

Pourtant, nous n'en sommes plus là au Québec. Il s'agit ici du choix qu'aimeraient faire plusieurs femmes, en pesant le pour et le contre, qui peut être de durée limitée (ex. 4 ou 5 ans) et même en considérant la négociation et la gestion du risque de rupture éventuelle avec le père. L'ADQ défendait en réalité le droit de la femme, de choisir si elle le désire, de rester à la maison et d'être soutenue partiellement par l'État en recevant un montant qui n'irait pas au réseau des services de garde subventionnés par l'État. 

Actuellement, ces services ne fournissent pas aux demandes des cas en attente d'obtenir une place. Cette redirection partielle vers un autre programme favoriserait les naissances, si certaines femmes pouvaient avoir le choix de ne pas envoyer leurs enfants au service de garde immédiatement après la période couverte par l'assurance à cette fin. Certaines préféreraient rester à la maison pour une période plus prolongée.

Mais pour la pensée interpellée par l'humoriste, et probablement aussi soutenue par lui, si une femme décide de revoir son plan de carrière en fonction de celui d'enfanter et de vivre pleinement l'année ou quelques années qui suivent et que ses conditions et le revenu familial le permettraient, avec une aide minimale de quelques dizaines de dollars par jours, elle devient ennemie du féminisme. Cela est considéré comme rétrograde. Qu'elle se débrouille donc, «la conne»; elle mérite la pauvreté. Voilà le message de la social-démocratie (de plus en plus socialiste), sauce québécoise.

Autrement dit, la femme québécoise n'est pas capable de penser et de choisir 

Voilà la création sublime du féminisme extrême. Elle peut risquer sa vie et risquer de créer des orphelins en volant dans une navette spatiale, en étant policière sur le terrain dans une grande ville la nuit, en étant monteur de lignes à haute-tension ou en escaladant l'Everest pour le défi; ces risques sont calculés. Mais si elle veut faire le choix de courir le risque d'être mère à la maison pour trois ans, elle commet un acte méprisable. Elle est "nounoune" (conne, sans intelligence, se laisse exploiter). Mais si elle avait arrêté 3 ans pour tenter sa chance aux olympiques, elle serait un modèle. «Houston, nous avons un problème»... en haut des épaules.

Comprenons-nous bien. Ce sont ces mêmes agents de l'État qui crient au nom de la liberté de choix et qui disent de la même bouche, que la femme est naïve, pour ne pas dire imbécile ou insouciante, de rester à la maison avec une ou des naissances pour quelques années. Pourtant, cette position bien campée semble vouloir ignorer la popularité du programme des congés parentaux implanté récemment, lequel couvre sous forme d'une assurance, une partie du salaire pour quelques mois après la naissance.

Cette popularité que j'ai pu moi-même observer de près ou de loin dans le milieu du travail, démontre que cette forme de congé est très appréciée de plusieurs couples et même décisif dans le choix de certains d'avoir des enfants à une période donnée de leur carrière. Idéalement, le programme de congé parental vise à permettre à la femme de réintégrer son emploi, ce qui fonctionne habituellement. C'est donc soit être peu observateur, soit idéologique de négliger ou cacher ce besoin, en disant qu'il n'existe pas. Mais cette formule coûte très cher, par rapport à celle dont je parle ici.  Il était question pour l'humoriste, de la vision du parti politique de l'ADQ et non du programme d'assurance parentale déjà populaire. Pourtant, faut-il être Adéquiste (voter ADQ2) pour considérer une certaine mesure sociale avec un revenu d'appoint minime équivalent à la contribution gouvernementale aux services de garde de la petite-enfance?

C'est ce genre de double-langage (liberté vs encadrement en fonction de l'État) qui devient très irritant dans une société qui se proclame modèle mondial des droits et du libre choix, mais pour autant (à condition) que ces choix soient ceux que ceux qui crient feraient eux-mêmes. En réalité, cette ouverture sur le libre choix est de la frime par une partie de notre société. 

Une telle pensée est en réalité très intolérante et méprisante dans une société qui se dit la plus plus plus ouverte du Canada; le Québec. Le libre choix existe pour eux, pour autant que vous fassiez ce qu'ils font ou ce qu'ils auraient peut-être fait dans la même situation. Qu'est-ce que ça changerait pour ceux-là, qu'un groupe de quelques dizaines de milliers de femmes décident par exemple pour 3 ans (ou encore 2 périodes de 3 ans pour 2 naissances, chiffres hypothétiques) de rester à la maison et recevoir par exemple plus ou moins 25 ou 30$ par jour payé pris sur le budget pour un enfant en centre de la petite enfance (préscolaire) subventionné? D'autant plus dans le contexte du Québec où l'offre de ces centres ne répond pas à la demande? Certains enfants commencent l'école avant d'avoir été admis dans une centre subventionné. 

Nos gouvernements promettent des places depuis des années, mais l'offre ne suit pas la demande réelle. Évidemment, on craint probablement de favoriser l'aide sociale chronique (les personnes non en emploi au moment de la grossesse), dépendance qui pourrait devenir inter-générationnelle dans certains cas. Dans ce cas, c'est ici au moins reconnaître que les enfants peuvent imiter ce que font leurs parents. C'est un bon premier pas pour une élite, qui ne reconnaît pas ce fait pour d'autres comportements transmissibles par imitation...

Ceci dit, faut-il éviter de prendre la route parce qu'il y a risque d'accident? L'imagination légendaire du Québécois "patenteux" serait-elle limitée au point de ne pas pouvoir imaginer prévenir un tel glissement? Nos ministres et fonctionnaires n'ont-ils pas un peu du gêne "patenteux"-Petits débrouillards hérité de leurs grands-parents et de Grégory Charles?

Les ultra-féministes prétendent vouloir prévenir la monoparentalité et la pauvreté. Après des décennies de Centres de la Petite enfance (CPE), il y a encore plus de mères monoparentales que jamais. Pour ce faire, il faut décider pour et au nom des femmes et leur imposer un choix sans option. Si ces misérables ne suivent pas la ligne de pensée néo-socialiste, elles ne méritent que la pauvreté. Ne leur donnez rien! Voilà l'extrême pseudo-logique d'un féminisme qui prétend prévenir... la pauvreté des femmes et des enfants. C'est un dérapage évident au moment même où l'élevage des enfants en troupeaux dès la petite enfance (p. ex. 0 à 3 ans) est sérieusement remis en question par des médecins, pédiatres, sexologues et autres spécialistes sérieux, notamment plusieurs enseignants qui récoltent les fruits des politiques familiales expérimentales des dernières décennies. Les CPE devaient réduire le décrochage scolaire. Cela ne s'est pas produit et au Canada, le Québec est dans le peloton de tête du décrochage aux études secondaires.

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1.  Société Radio-Canada (Télévision), Bye Bye 2008, Revue humoristique de l'année du 31 décembre 2008, à compter de 23h.

2.  Parti dissout fusionné à la CAQ en 2012
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