jeudi 15 octobre 2015

Le maire Coderre ne manque pas d'air mais Montréal a une part de responsabilité dans le «flushgate»

Un changement de culture environnementale s'annonçait depuis quelques décennies déjà


On le voyait dans les changements de normes aussi. Pensez à tous les dossiers environnementaux depuis les années 1970-1980  (1)

Le vrai problème = la médiatisation du déversement et le volume dont la grande majorité des citoyens n'avaient pas idée


Si je vous dis 8 milliards de litres; qu'est-ce que cela vous dit? Probablement que vous n'avez pas une image mentale de ce que cela peut représenter. Si je vous dis que c'est l'équivalent de rejet sans traitement de 220000 (deux cent vingt mille) camions citernes de 36369 litres chacun ou 8,000 gallons impériaux chacun, alors cela frappe l'imaginaire.

Le projet de rejet en eaux usées pour les travaux de Montréal équivaudraient à env. 220000 camions-citernes de transport de d'une capacité de 8000 gallons impériaux comme ceux sur la photo (servant au transport de lisier agricole) rejetés par une conduite de très grand diamètre. Crédits photo: Service Trans-Agri (ServiceTransAgri.com/epandage-lisier.php), page consultée le 10 octobre 2015

Je ne pensais même pas que pareil déversement volontaire d'eaux usées pouvait encore être envisagé au Canada, ni à Montréal, ni à Toronto. J'ai lu une opinion sur le nombre de jour limité du déversement, donc peu significatif selon un citoyen. Cela n'a rien à voir avec la durée. C'est une question de volume. Ailleurs, un déversement pourrait durer 1 an et être 100 fois moins important. 

Éviter la paranoïa «la faute au fédéral et à HARRR-PEUR»; le complot du capital politique


Ce n'est pas Harper qui a choisi la date du déversement. Le maire Denis Coderre est victime d'une médiatisation de quelque chose qui se faisait là et ailleurs, sans que la population québécoise en ait conscience. Le problème relève de la convergence de deux choses: 

  • médiatisation 
  • et prise de conscience populaire de quelque chose que l'on croyait presqu' inexistant (appartenant au passé).
Il ne s'agit pas ici d'une surverse, lorsque le réseau d'eaux usées est saturé par les eaux de pluies qui y sont souvent combinées dans les plus anciennes conduites, mais d'un rejet VOLONTAIRE après plusieurs mois d'analyse... (septique et sceptique s'appliquent dans le contexte).

Un triple lapsus du ministre de l'Environnement du Québec, David Heurtel, n'a pas aidé à prouver le sérieux des analyses (OU: marquer dans son but)


Imaginez que le ministre de l'environnement du Québec qui avait déjà autorisé le déversement monstre du «flushgate» avant le refus de son homologue du Gouvernement fédéral, a commis un multiple lapsus en tentant de le justifier, en indiquant que sans cette autorisation, Montréal aurait un problème majeur d'approvisionnement en eau potable

«Si on ne va pas de l'avant avec cette solution là, dans les temps prescrits par les experts, c'est l'alimentation en eau potable de Montréal qui sera en péril, a-t-il dit, talonné par l'opposition péquiste. Ce n'est pas quelque chose qu'on veut faire, mais on n'a pas le choix pour préserver l'alimentation en eau potable des Montréalais!» 

«Si on ne les fait pas, si ces travaux ne sont pas faits de la façon que les experts de la Ville de Montréal le disent, que les experts du ministère de l'Environnement le disent, les experts du ministère de la Faune le disent (...) c'est l'approvisionnement en eau potable de l'île de Montréal qui est péril» (Journal de Montréal, 7 octobre 2015).

Ouille! Non pas une, mais trois fois. Silence, angoisses, c'est finalement sorti dans le grand public. Les journalistes, fiers de corriger le tout ont dit qu'il ne s'agit pas de l'alimentation en eau potable mais d'une problématique de l' «alimentation» en eaux usées... Subtiles? Passons...

Cette saga a fait dire aux humoristes de l'émission radiophonique et web À la semaine prochaine (samedi 10 oct. 2015; 11h43 «Capsule linguistique...» sur les déclarations politiques de la semaine):
«Le Gouvernement a fait ses devoirs, mais le chien les a mangés» (une excuse sur-utilisée par les étudiants ou élèves qui n'ont pas fait leurs devoirs scolaires).

On peut avoir de l'empathie pour le revers que vit le maire de Montréal, dans le méga-déversement des eaux usées. Mais, plutôt que d'y voir un côté arbitraire de la politique fédérale, on doit y voir plutôt un éveil environnemental constant et en progression depuis quelques décennies. J'étais pour la protection de l'environnement avant que ce soit une mode sociale quasi-religieuse. Je décroche avec les volets des banques du carbone (Sur ce blogue, 8 mai 2015) et nos lobbies «environnementaux» canadiens subventionnés par les fondations créées par des entreprises étrangères en compétition avec les entreprises canadiennes (saumon, pétrole, ... sur ce blogue, 13 mars 2012).

Qu'on se le dise: il ne sera plus possible pour les villes de faire des rejets volontaires aussi importants sans attirer l'attention.

Alternatives?


D'une part, on peut et doit faire la différence entre

  1. les déversements involontaires, dus à l'insuffisance de capacité et due à la conception devenue désuète, des anciens réseaux, lesquels trop souvent combinent les eaux pluviales (de pluie et neige en fonte), soit les égouts dits unitaires ou combinés,
  2. et les déversements volontaires pour lesquels la population a le sentiment que la réflexion «scientifique» semble avoir été limitée. Sans être membre du Parti Vert du Canada, on trouve quand même une amorce de réflexion dans un communiqué de ce parti (6 octobre 2015) dans lequel quatre raisons pointeraient vers un déversement en février, qui aurait donc pu arriver en février 2015, la solution du déversement étant déjà retenue par la ville de Montréal
    1. «...Autoriser un déversement très restreint en février prochain et limité à la partie de l'intercepteur sud-est (entre les ouvrages de surverse  Alepin (LaSalle) et Riverside (Vieux-Montréal) situé directement en amont de la zone des travaux dans le Vieux-Montréal  (chute à neige et structures vétustes dans cette partie de l’intercepteur)»
    2. «À cette date, les bactéries dans le rejet seront éliminées par le froid»
    3. «le volume d’eaux usées à déverser de l'intercepteur sera très réduit (moins de 4 millards de litre (sic) versus les 8 millards prévus) -   il n'y a pas de surverse en hiver puisqu'il n'y a pas de pluie - 
    4. «et il n'y aura pas de présence humaine près du fleuve».
Au moins, cela ressemble à une réflexion.

Investissement gouvernemental fédéral dans les infrastructures et saine gestion municipale?


D'Autre part, suite au crash économique de 2008, on se souviendra que plutôt que d'annoncer une pluie de programmes sociaux, le PCC (avec le PM Harper, prononcé «HARRR-PEUR» par les journalistes et ses adversaires) a plutôt annoncé des investissements dans les infrastructures et favoriser l'emploi et l'économie. Les villes devaient présenter et justifier des demandes. Québec est allée chercher le maximum possible, mais pas toutes les villes... 

En plus, la vétusté des réseaux n'est pas imputable premièrement au gouvernement fédéral. Le volet gestion municipale (PRISE DE DÉCISIONS) est primordial et remonte bien avant l'arrivée du maire Coderre, pour Montréal. Là comme partout ailleurs, les villes et le système électoral favorisent les investissements visibles et «cools» (nouveaux développements, asphalte en surface, spectacles gratuits ou hautement subventionnés -«du pain et des jeux»-, beaux édifices neufs avec coupes de ruban qui font la une, etc.). C'est rare qu'on coupe un ruban pour une réfection de rue (on devrait!); rare aussi que les résidents et propriétaires ou locataires de commerces et services riverains (en bordure de la chaussée concernée) sautent de joie quand une rue ou une artère est éventrée durant plusieurs semaines. On préfère humainement les projets  qui évitent les grands dérangements. C'est pour cela que les bons gestionnaires doivent gérer avec une certaine transcendance.

Pour préserver la pérennité (durée dans le temps) des réseaux municipaux et réseaux routiers. il faut une discipline de fer et un suivi serré. Autrement, tout est à faire en même temps (festival des cônes oranges, conflits ou même illogismes entre les priorités des travaux). À cet égard (combattre le vieillissement des infrastructures municipales souterraines), la ville de Québec (région où j'habite) fait beaucoup d'efforts du point de vue gestion, depuis des années déjà. Je leur lève mon chapeau.

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1.
  • la protection accrue des cours d'eau
  • le lisier de porc (surproduction de déchets) et méga-porcheries qui visaient surtout le marché asiatique
  • l'éolien politiquement payant même si cette forme d'énergie est moins efficace que prévu
  • les normes d'enfouissement, de cueillettes des déchets plus serrées, le compostage, la récupération de l'eau de pluie pour arroser les jardins et potagers privés
  • l'interception et le traitement minimal (mécanique et biologique) des eaux usées municipales et les nombreux projets qu'on a connus particulièrement depuis la décennie 1980
  • impopularité croissante des énergies fossiles (dont les lobbies veulent empêcher jusqu'au transport)
  • le scandale autour de la mort du lion Cecil lors d'un safari en Afrique (sur ce blogue, 2 août 2015 et 15 août 2015)
  • la hausse de popularité du transport en commun (largement subventionné par les utilisateurs des automobiles qui s'ils disparaissent ne maintiendront plus les subventions...)
  • etc; idéologies dont certaines semblent sorties tout droit de groupes stratégiques étrangers qui tentent d'empêcher le Canada de réussir, mais dont certaines (débats et changements) sont nécessaires.

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